Lisons dans les plis de la toile de la tente, les sinueux replis de son histoire. Pour ce faire, je vous invite à les agiter de votre souffle, pour la faire parcourir de nouveau les cieux qu’elle a connus.
Nous partons donc avec elle à la tombée de la nuit et voguons par-dessus une mer de sable. Portée par le vent chargé de sable, nimbée par la brume brune qu’il forme, elle s’ensable devant une petite oasis, perdue dans l’immensité d’un désert. Nathan en sort assoiffé et curieux ; il se jette sans retenue dans l’abreuvoir naturel. Un grand serpent bleu apparu sur une berge, quelque peu choqué par l’ avidité de ce buveur, l’interpelle : « Avec quel empressement tu avales cette eau ! La mérites-tu, la connais-tu vraiment ?
- Je ne sais... Comment puis-je te le prouver ?
- Imite-la. Epouse ses courbes et sa souplesse incomparable. Fais-toi plus liquide que l’eau elle-même. »
Nathan tente d’onduler du corps, mais il n’est pas à l’aise avec la danse. Alors le serpent : « Tsss. Concentre-toi, fais-toi goutte, ruisseau, rosée, vague dans l’onde. » Alors l’apprenti danseur se fait goutte, ruisseau, rosée, vague dans l’onde. Les nuées au loin s’amassent ; le vent s’époumone et répand la pluie sur l’étendue désertique. Le serpent, tout frémissant de joie, se dresse et fixe un instant de ces yeux d’or l’enfant, et d’une ondulation, disparaît. Demeure seulement de lui une goutte d’un bleu turquoise profond et à la rondeur exquise. Elle est grosse comme la main de Nathan, et visqueuse, déverse sans fin du liquide. Il n’a pas été attentif à la spirale géante qu’a formée un serpent vert, qui, s’étant étendu depuis l’oasis, a mué en forêt dense et profonde. Lorsqu’il lève les yeux, Nathan est surpris de ne plus voir le désert. Il aimerait connaître l’origine et la nature cette goutte ; il envisage d’interroger le serpent bleu et commence à parcourir la forêt. Il est charmé par la végétation luxuriante et les papillons multicolores. L’un d’entre eux le fascine, il le suit respectueusement, tandis qu’un grand serpent rouge se met à suivre le suiveur du papillon. L’animal recouvert d’écailles, appâté par la chair apparemment tendre du jeune, dégueule sa langue de flamme pour le déguster. Nathan esquive, et le serpent déçu mue en dragon rouge avec dents vertes et lèvres jaunes, et avec des ailes rouges et jaunes. Face à l’haleine et la fureur du dragon, Nathan se réfugie derrière une souche, aussitôt broyée ; de souches en souches, se recroqueville sous un rocher, à l’abri de la tempête de feu. De désespoir et un peu par hasard, il sert fort la goutte visqueuse. Les nuages apparaissent, noirs et lourds. La pluie est plus nourrie que lors de la danse. Le soleil reparaît bien plus tard, et plus tard encore Nathan se relève. Il se trouve dans une clairière de bois dévasté et aperçoit au milieu des souches ce qui ressemble à une pierre ardente comme un rubis de feu. C’est en effet un pierre au feu incessant, mais qui ne brûle pas son porteur. Il la recueille délicatement, et remonte dans la tente, il ne souhaite pas rester dans la zone. Mais la tente a été déchirée à plusieurs endroits, et ne se gonfle plus avec le vent. Soufflons tous pour aider Nathan à repartir. Rien n’y fait : la tente ne se gonfle pas assez pour abandonner le sol. Nathan quitte la tente, triste et s’assoit la tête entre les mains dans la clairière morte. Pourquoi est-il là ? pourquoi ces pierres ? Il pleure sur la goutte ; derrière lui, s’amasse un nuage bruissant de libellules. Une libellule plus colorée s’en détache et prend la parole : « Que t’arrive-t-il mon petit ? Nous avons assisté à une explosion de feu et d’éclair par ici. Et cette clairière...
- Je suis loin de tout, et ma tente ne vole plus, par l’effet de cette goutte magique.
- Il te faudrait faire appel aux vents. Domptés, ils gonfleront aisément les voiles de ta tente.
- Mais comment ?
- En récupérant le cristal des airs.
- Et comment ?
- Mmh. » Les libellules bourdonnent.
« Il va falloir interroger le mage blanc. Il est au fait de ses choses. » L’essaim, avec sa reine en tête, recouvre la tente, qui commence à quitter le sol. Nathan, surpris, s’engouffre de justesse dans l’engin nouvellement volant.
Le voyage aérien s’achève dans une montagne d’aspect lunaire, faite de rocailles bleu nuit, sur laquelle se détache une tour blanchâtre. La tente atterrit à son pied. Nathan s’attarde sur les inscriptions runiques en fer forgé des deux grandes portes d’entrée. Il pénètre dans la tour et doit gravir un escalier qui lui paraît sans fin. Les murs sont recouverts de livres poussiéreux. Une heure ou deux plus tard, une porte taillée dans la paroi de livres grince. Un chien robuste, à la longue barbe grise et habillé d’une toge de mage blanche, en sort et parle ainsi : « Je sais ce qui t’amène, mon enfant ; mais seras-tu assez courageux pour arracher l’outre des vents ?
- Je… Euh.
- Elle se trouve à l’Est, au-delà de la source à l’eau claire. Il te faudra affronter les vents déchaînés sur le plus haut sommet de la chaîne. Heureusement, tu es venu avec mes amies libellules et elles te seconderont dans les épreuves qui t’attendent. Voici un appeau qui te permettra de les guider si tu es dans le danger. »
Nathan remercie le mage pour les conseils et les vivres qu’ils lui donnent et presse le pas vers la source à l’eau claire. Il marche sur une terre tellement sombre et désertique qu’on ne sait s’il fait jour ou nuit. Au loin un bosquet qui diffuse faiblement une lumière blanchâtre, attire son attention : il lui rappelle la tour. Il se souvient qu’il est en possession de l’essence de feu et la prend en main pour éclairer la terre aride qui l’environne. L’essence flamboyante fait mieux, elle colore la terre en un orange chaleureux, qui raffermit la détermination de Nathan. Il s’approche ainsi de la source, émerveillé, et trébuche sur une racine. Une grenouille gobe la flamme éternelle et disparaît dans l’étang de la source. Nathan inquiet regarde dans l’eau, et aperçoit brièvement la grenouille grossie et rougie. Toujours inquiet, il demeure à regarder, mais sans succès. L’étang se met à faire des bulles, beaucoup de bulles. Une énorme grenouille, zébrée de rouge, en sort. Elle est grande de deux mètres et possède des dents bien tranchantes. Elle lance sa langue en direction de Nathan, libérant son haleine de soufre. Elle ne fait que trancher un tronc, car Nathan s’est jeté à terre, où il siffle de l’appeau. Les libellules vrombissent en masse. Il frotte fort la goutte, en esquivant de justesse le nouveau lancer de lasso de la grenouille, qui ne fait qu’emporter une poignée de libellules. Les nuages au-dessus d’eux s’assemblent lentement, faisant le sol sombre, sur lequel Nathan vient de se voir attrapé. Bien que les libellules aient essayé de brouiller la vue de la grenouille, la jambe de Nathan est tenue par la langue, et la grenouille le traîne jusqu’à sa gueule ; c’en est bientôt fini de lui. De désespoir, il empoigne plus fort encore la goutte, l’agite vivement contre la grenouille. Un jet d’eau jaillit de sa main, tandis qu’il se rapproche dangereusement de la gueule. Ayant retrouvé espoir, il tend vigoureusement la goutte vers ce caveau fétide, si fort qu’elle y déverse une formidable vague qui le submerge de l’intérieur. Sous la pluie torrentielle, elle rapetisse à vue d’œil en recrachant l’essence flamboyante. « Ca t’apprendra ! », s’exclame-t-il, ayant retrouvé le sourire. Nathan a compris qu’il peut désormais lancer de l’eau. Il range l’essence dans son sac.
Nathan commence à entamer le chemin, mais se ravise : et si cette source avait des vertus magiques, après tout c’est la source à l’eau claire. Par curiosité il jette la grosse goutte dans l’étang de la source. L’eau irradiant de blanc se teinte d’un turquoise profond et s’anime de remous, puis se couvre d’écailles. Elle forme la spirale d’un serpent aux yeux d’or. Le serpent bleu parle alors à Nathan : « Merci, me voici revigoré, Nathan. Mon pouvoir n’est en effet pas illimité, et était sur le point de s’épuiser. Prends soin à l’avenir de recourir à mes pouvoirs avec parcimonie ; tes excès pourraient me faire disparaître… » Nathan, riche de cet enseignement, reprend la route, bien résolu à faire un usage raisonnable des pouvoirs en sa possession. C’est une manière pour lui de se souvenir des libellules disparues dans la gueule de la grenouille.
Le chemin serpente, dans une vallée étroite. Le vent souffle et siffle à foison. Nathan s’arrête pour reprendre son souffle. Il songe : c’est sans doute le feu qui l’aidera à dompter les vents ; les libellules ne seront une fois de plus que de peu d’utilité… Et Nathan n’attend pas, reprend le chemin et arrive à un col très étroit, rappelant un lit de rivière asséché, surplombé de branches mortes. Le lieu est lugubre. Des chauves-souris volettent au-dessus de lui ; des bourrasques le repoussent. Il décide de sortir l’essence flamboyante. De sa main coule une vive traînée de feu, derrière lui. Ainsi s’éclaire la tranchée rocailleuse, et la chaleur amie le réconforte. Il progresse lentement, jusqu’à une sortie en plein air. Un vautour est perché sur une branche ; il ricane à sa vue et le toise froidement. Nathan hésite à faire parler le feu ; il décide de forcer le passage tête baissée. « Attends ! Que viens-tu faire par ici ?
- Je viens chercher l’outre des vents.
- Tu es bien téméraire. Tu sais, j’en ai rongé des cadavres au bord de ce chemin… »
Nathan est intimidé par les yeux du vautour, mais il tend devant lui l’essence flamboyante : « Le feu m’accompagne ! » Et Nathan n’attend pas, et affermit le pas vers le sombre pic houleux qui le surplombe. Le vent tourne sans cesse, il est obligé de progresser en rampant. Ce sont deux heures d’effort, de petits gains remportés des pieds et des mains. Mais il dérape, et glisse d’un mètre : il a manqué de peu de dévaler la pente. Il reprend l’ascension, un plateau ne semble qu’à une dizaine de mètres au-dessus de lui. Mais cette fois il perd tous ses appuis, et chute dans la pierraille. Ce temps de l’abandon, face à la mort imminente, lui semble long : il pense à sa tente et à sa terre natale quittée pour le voyage. Il pense une nouvelle fois aux vertus de l’essence flamboyante, dont il s’empare pour la tendre vers son lieu de chute. De toute sa volonté, il en tire une tornade de feu qui le propulse comme une fusée en sens inverse, et qui lui permet d’atteindre une racine dépassant du plateau désiré. Il s’y accroche et peut de nouveau reposer et se reposer sur ses deux jambes : il l’a bien mérité. Là-haut donc, une sorte de couloir crachant moult vents paraît conduire à une grotte. Malgré les hurlements venteux, Nathan croit bien entendre un ronflement rauque ; et sent une odeur de soufre. Il se tient sur ses gardes. Il parcourt un virage à droite puis un virage à gauche, et parvient à une grande cave naturelle, où demeure l’âtre des vents. Mais comme il s’en doutait, il n’est pas seul : une grosse chauve-souris-vautour vient de se réveiller. Elle est recouverte d’une toison orange et violette. De ses grandes griffes, la CSV tente de déchirer l’intrus, mais ne fait que fendre un couple de rochers. Nathan, vif, esquive et lance une salve brûlante, qui contraint la CSV à se protéger. Nathan en profite pour lancer une salve plus puissante, en vain. La CSV enragée se jette sur Nathan, mais ce dernier est décidé à en découdre à l’aide d’une belle boule de feu. La CSV a l’aile brûlée, elle hurle de douleur, et de rage de ne plus pouvoir voler. L’essence flamboyante a cependant faibli de puissance. Face à la vorace CSV, Nathan peut tout juste opposer un jet brûlant avec lequel il atteint son visage, ce qui ne fait que l’aveugler. Désirant avoir le champ libre pour l’outre des vents, Nathan sort sa goutte et projette une vague fort puissante dans sa gueule. Ainsi elle est neutralisée. Alors les vents, désormais sans maître, se déchaînent. Pas de répit pour Nathan : il est projeté en arrière, et se cogne le dos au premier virage. Il s’adosse à la paroi, s’appuie des jambes, tend son corps contre la source des vents. Il nourrit amplement un jet d’eau en sa direction. L’eau lancée est torsadée par le vent, une pluie mousseuse en naît ; Nathan se protège les yeux, de plus en plus faible physiquement, mais résolu à ne pas céder face à l’élément aérien : il sait ce que lui a coûté d’être ici et il compte bien ne pas être délogé. Il ne sait lui-même où il trouve la force de ce dernier affrontement. De sa main gauche, il garde contre sa poitrine la faiblissante essence de feu, qui, par l’effet des rafales, l’auréole de feu. Tendu du plus qu’il peut, et courbé face à la source des vents, il progresse à petits pas avec la torsade géante surgissant de sa main droite. Il doit encore emprunter le virage à gauche et traverser l’intérieur de la grotte jusqu’à l’âtre. Il songe que la force va lui manquer. « Serpent de l’onde, je ne vaincrai pas sans ton aide. » Et son esprit se concentre sur l’image du reptile bleu. « Porte-moi de toutes tes forces. Accorde-moi d’être l’eau dompteuse des vents ! » L’eau torsadée se couvre d’écailles et accentue sa torsade. Nathan s’y fond, tandis que le jet serpentant, malmené par le vent, dispersé de toutes parts, croît vers l’âtre des vents. Il parvient jusqu’à l’entrée de la cave ; l’écume habite l’air, l’eau rayonne de turquoise et ses reflets colorent les parois. La colonne d’eau forcit, les yeux d’or apparaissent et percent de lumière les bourrasques. Elle rogne peu à peu la distance jusqu’à l’âtre, dans un feu d’artifices aqueux. Comme un serpent de mer face à un griffon, la colonne se tord dans tous les sens pour parer les coups et mordre au cou son adversaire, le tout avec une vivacité sans borne. Un dernier effort de volonté de Nathan : il crie si fort qu’il porte momentanément la voix des profondeurs. La colonne se renforce une dernière fois et trace violemment, déchirant l’air, un chemin jusqu’à l’âtre, où elle se concentre pour encercler l’outre. Aussitôt la colonne disparaît et Nathan reparaît l’outre dans les mains. L’endroit est désormais paisible ; Nathan s’allonge, harassé, et dévore son en-cas. Il sort ensuite de la grotte, et descend du plateau avec prudence. Après somme toute une petite promenade, il gagne la source à l’eau claire, où il laisse reposer la goutte. Il a pris soin de ramasser des branches et attise un foyer pour accueillir l’essence flamboyante. Mais il ne s’attarde que le temps nécessaire et rejoint vite le chemin de la tour du mage.
mardi 10 août 2010
vendredi 2 juillet 2010
K.37 L'imminence sautillante et incertaine continuée de l'affrontement.
Bien qu'étouffée par la houle, la clameur grandissante des "hourras !", éveille la nef, comme un oiseau qui s'ébroue : [7 secondes] les canonniers s'affairent et astiquent en rythme les pièces d'artillerie ; les soldats affûtent les sabres et se rangent sur le pont, avec une mâle soif d'affrontements. Ils trépignent, se lancent des défis [18 secondes] et leurs cœurs se chantent déjà en des circonvolutions flamboyantes les faits d'armes à venir. [27 secondes] La clameur se fait prochaine, à la mesure de l'accroissement de l'ardeur combattive, mais l'éloignement encore trop important de la nef ennemie les contraint aux fantasmes les plus séduisants d'une bataille rageuse où ils auraient le dessus ; tous fantasmes qu'ils sont, ils bruissent dans leurs âmes, en se frottant en saccades à la réalité - que la main droite exprime par ses tressautements aigus. [51 secondes] Dans l'attente de l'affrontement, sont alors les derniers cris animés des soldats, avant un relative accalmie, présanguinaire. [1 minute 7] Les canons parlent, en deux salves, pour évaluer l'ennemi. Les marins hors d'eux, fourmillent ; répondent intérieurement à l'appel guerrier de la nef toute proche, en se pressant au bord de rencontre. [1 m 27] Cette fois, c'est l'abordage : une pointe d'hommes fébriles perce le rang hostile et permet le déversement d'une masse de marins. Dégainés, les sabres dansent ; et parmi eux, un fier aguerri, dressé comme sa lame, se joue d'une troupe en tournoyant. Après cet habile carnage, ses compagnons achèvent de faire place nette, dans cette partie du bateau. [2 minutes 16] La rage se voit renouvelée, noircie, par la fureur du sang versé ; les coups se font plus pesants, la tornade de lame plus tranchante, et si le sabre épouse le ciel, ce n'est que pour trancher plus profondément, sans appel, jusqu'au tournoiement ultime de rage ramassée. [3 minutes 14] L'ardeur de l'adversaire, pourtant, ne faiblit pas ; c'est toujours ce tranchant amer qui parle, blanchi par la triste écume et la sévérité du ciel. Y a-t-il gloire à tirer de l'humaine obstination, à combattre ?
jeudi 10 juin 2010
Montagne
Je ne vois rien,
Je veux simplement entendre le silence,
comprendre les conseils du vent sombre
qui font valser la plaine.
Montagne je ne demande rien,
ma marche est bien assez lente
pour que si vous vouliez m'offrir une phrase
vous puissiez toujours me rattraper.
Montagne je suis aveugle,
mes falaises me masque les ombres
qui s'étirent en fleuve en bas de mes hanches,
Montagne je ne rêve que d'un radeau,
de m'embarquer pour une longue traversée,
d'apercevoir au loin
une autre monstrueuse excroissance de terre
qui tranche l'horizon terne des répétitions.
Montagne je suis malade des villes
et de leur nuée de vitres et d'éther,
Montagne je songe et me torture
de l'âpreté des pavés réverbères
qui jalonnent mes rêves.
Montagne j'espère en l'autre,
ce passeur d'eau invisible et secret,
cette lueur tapie
là où on ne l'attend jamais,
Ce début de sourire
qui suffit à courber
le joug sombre et froid
des machines,
ces tentaculaires qui nous rendent à l'inertie,
à l'anonymat,
et aux tortures
des rondes automobiles.
Montagne je sème
des amandes
à chaque bourrasques de vent,
parole foen,
mistral de mot,
autan de féérie,
qui répandent une poussière
de cendre,
sur le front trop plat des villes,
recouvrant les symboles mortifères
de la Grande Publicité,
Montagne,
faisant taire
dans le recouvrement de mes crevasses
la voix amère de tous les biens pensants,
soldats silencieux
qui gomment avec méthode
toutes les nuances de ciel
naissant entre les briques serrées
de leur plafond toujours trop bas,
qui repeignent en blanc les temples
couverts du sang frais de leur proie commerciales,
qui érigent les antennes clignotantes
qui bombarderont sans fin
les foyers épuisés par le cycle incessant
des mécaniques bien réglées.
Soldats silencieux
ignorant les larmes
qui gonflent chaque soir les caniveaux
remplis des cotillons multicolores
de leur consommation.
Soldats haletant des masses assoiffées
par les désirs estampillés & Co. ,
frustrés battant sans cesse les grands claviers
de l'oracle mondial des vérités,
encostumés de l'uniforme
qui ne voient plus,
prisonniers des habitudes
et de l'indifférente immobilité,
les possibles infinis qui recouvrent le monde
à chaque bourrasque de vent,
qui n'entendent plus la voix de leur propre désir,
tous conspués pilule par dose télévisé,
ivres transistors emporté par la valse électron,
le visage écrasé
contre
l'écran clignotant point couleur
Montagne ils veulent me dévorer,
l'armée des bulldozers
égrène chaque jour mes contours,
Mais ils n'auront pas mon vent,
mon souffle amande
qui gonfle les voiles
du nautonier égaré,
et qui au loin fait perler l'espoir
d'une aurore.
Je veux simplement entendre le silence,
comprendre les conseils du vent sombre
qui font valser la plaine.
Montagne je ne demande rien,
ma marche est bien assez lente
pour que si vous vouliez m'offrir une phrase
vous puissiez toujours me rattraper.
Montagne je suis aveugle,
mes falaises me masque les ombres
qui s'étirent en fleuve en bas de mes hanches,
Montagne je ne rêve que d'un radeau,
de m'embarquer pour une longue traversée,
d'apercevoir au loin
une autre monstrueuse excroissance de terre
qui tranche l'horizon terne des répétitions.
Montagne je suis malade des villes
et de leur nuée de vitres et d'éther,
Montagne je songe et me torture
de l'âpreté des pavés réverbères
qui jalonnent mes rêves.
Montagne j'espère en l'autre,
ce passeur d'eau invisible et secret,
cette lueur tapie
là où on ne l'attend jamais,
Ce début de sourire
qui suffit à courber
le joug sombre et froid
des machines,
ces tentaculaires qui nous rendent à l'inertie,
à l'anonymat,
et aux tortures
des rondes automobiles.
Montagne je sème
des amandes
à chaque bourrasques de vent,
parole foen,
mistral de mot,
autan de féérie,
qui répandent une poussière
de cendre,
sur le front trop plat des villes,
recouvrant les symboles mortifères
de la Grande Publicité,
Montagne,
faisant taire
dans le recouvrement de mes crevasses
la voix amère de tous les biens pensants,
soldats silencieux
qui gomment avec méthode
toutes les nuances de ciel
naissant entre les briques serrées
de leur plafond toujours trop bas,
qui repeignent en blanc les temples
couverts du sang frais de leur proie commerciales,
qui érigent les antennes clignotantes
qui bombarderont sans fin
les foyers épuisés par le cycle incessant
des mécaniques bien réglées.
Soldats silencieux
ignorant les larmes
qui gonflent chaque soir les caniveaux
remplis des cotillons multicolores
de leur consommation.
Soldats haletant des masses assoiffées
par les désirs estampillés & Co. ,
frustrés battant sans cesse les grands claviers
de l'oracle mondial des vérités,
encostumés de l'uniforme
qui ne voient plus,
prisonniers des habitudes
et de l'indifférente immobilité,
les possibles infinis qui recouvrent le monde
à chaque bourrasque de vent,
qui n'entendent plus la voix de leur propre désir,
tous conspués pilule par dose télévisé,
ivres transistors emporté par la valse électron,
le visage écrasé
contre
l'écran clignotant point couleur
Montagne ils veulent me dévorer,
l'armée des bulldozers
égrène chaque jour mes contours,
Mais ils n'auront pas mon vent,
mon souffle amande
qui gonfle les voiles
du nautonier égaré,
et qui au loin fait perler l'espoir
d'une aurore.
mercredi 9 juin 2010
C'est donc ...
Les bras sur la tête, le coude rentré dans les côtes,
les jambes pliées sous le pied traversé de spasmes,
la main qui gratte le menton sous le ventre,
le nombril du tibia qui pend sous le genou,
le cœur qui s'emballe, qui se referme sur l'estomac foie petit pois,
le visage qui n'a plus de profil, la face qui s'écrase contre la vitre,
le poing aux ongles qui rentrent dans la paume,
le poing battant les cuisses sous les épaules,
le cou cerclé par colonne vertébrale, le torse tordu écrasé sur canapé,
le crâne tondu qui repose sur le flanc,
les hanches mâchoires qui déglutissent le sang noir de mes mains,
la peau tendue par des pinces accrochées à la lampe fer du bureau,
les doigts qui poussent entre mes lèvres,
ma langue arrachée qui a pris greffe sur ma poitrine,
ma cage thoracique écartelée qui libère mes poumons pompes à saveur.
C'est donc, c'est donc ...
Le cycle morbide des répétitions qui me ressaisit,
Je ne sais plus quand commence le jeu,
quand finit le je ...
C'est donc, c'est donc...
La foule inerte des ronds de fumée essayant de soulever le carreau de la vitre retenant le souffle de mes étoiles,
qui ne me distrait plus ...
Dans la suite tapageuse des rayons de soleil,
à peine interrompue par le passage des troupeaux de nuages,
Je ne trouve plus les ombres dont mes yeux se nourrissaient.
La boucle bouclée se referme sur un reflet
du miroir flou des profondeurs papiers.
Le bras sur la tête, le coude rentré dans les côtes,
C'est donc, c'est donc ...
Toute l'âme résumée quand lente nous l'expirons dans plusieurs ronds de fumée,
abolis en autres ronds, cercles de papiers et chimères alignées,
Que les hanches mâchoires déglutissent le sang noir de mes mains,
Que ça bave sur la feuille immaculée
Et remplit le vide apathique des journées qui s'étirent dans le silence des villes.
C'est donc, c'est donc ...
Embarqué de frêle esquif, à la reconquête de l'eau dérobée,
La voile gonflée au souffle de paroles amères,
Que je scrute le ciel pour découvrir les cartes
masquée dans les cascades lactées.
- Regards d'ancêtres et d'enfants qui se croisent-
C'est donc... la nuit,
notre grand livre à tous.
Et au soleil d'un grand feu de carnets et de cahiers,
les flammes longues et bleues dévorent
les lignes minces et serrées qui pigmentent mes yeux,
Dans la fumée du foyer des cendres se dessine un visage,
Phénix, Robinson renaissant à chaque incendie,
à la dérive toujours des océans dépourvus de larmes,
C'est donc, c'est donc,
Embarqué de frêle esquif, à la fuite des villes
et de leur cadavre cortège,
du flot ruminant de leurs masses consommantes,
de l'inertie maladive des corps propulsés métro,
des festins électriques et d'essence,
et de l'odeur encore fraiche des charniers...
Tout se mêle dans le bombardement quotidien des ondes et des antennes,
des ruines citadines jaillissent les images par gerbes incandescentes,
étincelles acides, électronique avide,
c'est la décharge mondialisée, l'électrochoc collectivisé,
le prozac distribué par transistors interposés.
Les patients cliniques de la norme
vénèrent en silence les blouses blanches
et les nouveaux fils du Soleil qui s'affairent sans cesse
dans le ventre des grands monolythes de verre.
Les hommes une laisse en soie nouée autour du cou
mettent au point les grandes incantations,
les calculs bénéfices bonheur
et l'avenir toute probabilité...
C'est donc .... l'aurore,
qui refuse de trancher
l'horizon de toutes leurs horreurs,
C'est donc, c'est donc ...
Ma langue arrachée qui a pris greffe sur ma poitrine,
la nuit qui ne veut pas en finir,
ces mots répétés qui se confondent, s'entrechoquent,
Débris miettes et quelques restes ...
Il n'y a plus de mots ...
C'est donc, c'est donc ...
Ma cage thoracique écartelée qui libère mes poumons pompes à saveur,
l'insomnie révoltée du briseur d'horloge,
C'est donc, c'est donc ...
Le coin bleu de la page qui prend feu,
courrez, pauvres fous, courrez !
fragiles brindilles et coques de noix,
tout cela flambera bien vite, croyez moi !
C'est donc ... le poème qui se veut torche,
l'écriture foudre,
qui dans un fracas de terre
ensevelie les répétitions des villes,
embrase dans un vacarme de démence
les conduites et tuyauteries des biens pensants.
C'est donc, c'est donc...
Le cadavre macabre des feuilles qui recouvre déjà la scène,
déchiqueté, tranché, cisaillé,
le poète qui ne veut plus de poèmes,
qui veut écrire des braises,
chanter des ruines,
et danser sur le cercueil des villes tentacules.
C'est donc, c'est donc ...
L'horloge qui ne cesse sa ronde,
la course effrénée du poignet
qui cache le mot clandestin sous des monceaux de papiers...
Mais l'horloge guette toujours,
et rattrape le temps que je veux ici préserver...
C'est donc, c'est donc ...
La mécanique butée des aiguilles de fer
qui encore agence la ville,
et d'un même geste banni l'aurore,
que nous ne verrons peut être plus...
les jambes pliées sous le pied traversé de spasmes,
la main qui gratte le menton sous le ventre,
le nombril du tibia qui pend sous le genou,
le cœur qui s'emballe, qui se referme sur l'estomac foie petit pois,
le visage qui n'a plus de profil, la face qui s'écrase contre la vitre,
le poing aux ongles qui rentrent dans la paume,
le poing battant les cuisses sous les épaules,
le cou cerclé par colonne vertébrale, le torse tordu écrasé sur canapé,
le crâne tondu qui repose sur le flanc,
les hanches mâchoires qui déglutissent le sang noir de mes mains,
la peau tendue par des pinces accrochées à la lampe fer du bureau,
les doigts qui poussent entre mes lèvres,
ma langue arrachée qui a pris greffe sur ma poitrine,
ma cage thoracique écartelée qui libère mes poumons pompes à saveur.
C'est donc, c'est donc ...
Le cycle morbide des répétitions qui me ressaisit,
Je ne sais plus quand commence le jeu,
quand finit le je ...
C'est donc, c'est donc...
La foule inerte des ronds de fumée essayant de soulever le carreau de la vitre retenant le souffle de mes étoiles,
qui ne me distrait plus ...
Dans la suite tapageuse des rayons de soleil,
à peine interrompue par le passage des troupeaux de nuages,
Je ne trouve plus les ombres dont mes yeux se nourrissaient.
La boucle bouclée se referme sur un reflet
du miroir flou des profondeurs papiers.
Le bras sur la tête, le coude rentré dans les côtes,
C'est donc, c'est donc ...
Toute l'âme résumée quand lente nous l'expirons dans plusieurs ronds de fumée,
abolis en autres ronds, cercles de papiers et chimères alignées,
Que les hanches mâchoires déglutissent le sang noir de mes mains,
Que ça bave sur la feuille immaculée
Et remplit le vide apathique des journées qui s'étirent dans le silence des villes.
C'est donc, c'est donc ...
Embarqué de frêle esquif, à la reconquête de l'eau dérobée,
La voile gonflée au souffle de paroles amères,
Que je scrute le ciel pour découvrir les cartes
masquée dans les cascades lactées.
- Regards d'ancêtres et d'enfants qui se croisent-
C'est donc... la nuit,
notre grand livre à tous.
Et au soleil d'un grand feu de carnets et de cahiers,
les flammes longues et bleues dévorent
les lignes minces et serrées qui pigmentent mes yeux,
Dans la fumée du foyer des cendres se dessine un visage,
Phénix, Robinson renaissant à chaque incendie,
à la dérive toujours des océans dépourvus de larmes,
C'est donc, c'est donc,
Embarqué de frêle esquif, à la fuite des villes
et de leur cadavre cortège,
du flot ruminant de leurs masses consommantes,
de l'inertie maladive des corps propulsés métro,
des festins électriques et d'essence,
et de l'odeur encore fraiche des charniers...
Tout se mêle dans le bombardement quotidien des ondes et des antennes,
des ruines citadines jaillissent les images par gerbes incandescentes,
étincelles acides, électronique avide,
c'est la décharge mondialisée, l'électrochoc collectivisé,
le prozac distribué par transistors interposés.
Les patients cliniques de la norme
vénèrent en silence les blouses blanches
et les nouveaux fils du Soleil qui s'affairent sans cesse
dans le ventre des grands monolythes de verre.
Les hommes une laisse en soie nouée autour du cou
mettent au point les grandes incantations,
les calculs bénéfices bonheur
et l'avenir toute probabilité...
C'est donc .... l'aurore,
qui refuse de trancher
l'horizon de toutes leurs horreurs,
C'est donc, c'est donc ...
Ma langue arrachée qui a pris greffe sur ma poitrine,
la nuit qui ne veut pas en finir,
ces mots répétés qui se confondent, s'entrechoquent,
Débris miettes et quelques restes ...
Il n'y a plus de mots ...
C'est donc, c'est donc ...
Ma cage thoracique écartelée qui libère mes poumons pompes à saveur,
l'insomnie révoltée du briseur d'horloge,
C'est donc, c'est donc ...
Le coin bleu de la page qui prend feu,
courrez, pauvres fous, courrez !
fragiles brindilles et coques de noix,
tout cela flambera bien vite, croyez moi !
C'est donc ... le poème qui se veut torche,
l'écriture foudre,
qui dans un fracas de terre
ensevelie les répétitions des villes,
embrase dans un vacarme de démence
les conduites et tuyauteries des biens pensants.
C'est donc, c'est donc...
Le cadavre macabre des feuilles qui recouvre déjà la scène,
déchiqueté, tranché, cisaillé,
le poète qui ne veut plus de poèmes,
qui veut écrire des braises,
chanter des ruines,
et danser sur le cercueil des villes tentacules.
C'est donc, c'est donc ...
L'horloge qui ne cesse sa ronde,
la course effrénée du poignet
qui cache le mot clandestin sous des monceaux de papiers...
Mais l'horloge guette toujours,
et rattrape le temps que je veux ici préserver...
C'est donc, c'est donc ...
La mécanique butée des aiguilles de fer
qui encore agence la ville,
et d'un même geste banni l'aurore,
que nous ne verrons peut être plus...
mercredi 2 juin 2010
C'est l'heure
Ailleurs l'aurore !
D'ailleurs l'horreur
s'annonce en toute splendeur.
Ailleurs l'aurore !
Il n'est plus l'heure
de l'effleurement du sens
par la branche d'un mot,
bien pesé, enjolivé de virgules
et de blancs légers comme l'instant.
Ailleurs l'aurore !
L'horreur approche !
les pas battant le pavé
annonce bien des fureurs.
L'aurore dans son entrelacs de nuances
et son souffle de soleil est ailleurs ;
D'ailleurs l'horreur s'annonce déjà,
silencieuse en l'état actuel des choses,
dans ce temps encore ambigu où l'on croit apercevoir l'aurore.
Mais pas de méprise ! C'est bien Horreur qui au loin tapie guette ses proies,
Terreur ne tardera pas, et avec elle, erreur, torpeur,
En cortège sous nos fenêtres qui battront des mains,
Acclameront sueur, famille, patrie et travailleur,
Invoqueront rancoeur, peur et malheur,
définiront bonheur dans un cri vengeur
adressé aux infidèles de leur norme mérite.
Horreur s'annonce, Terreur la suit,
et avec elles, aigreur, tumeur,
tous racoleurs, galvaudeurs et salvateurs,
Ils se mettront en tête fureur,
au pas cadencé des basses cours
où se retrouvent les adorateurs de l'horreur.
L'aurore est bien loin, d'ailleurs,
à l'heure où je vous parle
Terreur sévit en bas de chez moi,
des cris et des courses se répondent,
on entends des coups de feu claqués
entre les murs silencieux et ternes de mon quartier.
Fureur est de retour, je l'entends qui grince sur le pavé,
Terreur, horreur, son armée se drapent de voiles salvateurs,
et dans les ténèbres c'est l'heure,
L'aurore est depuis longtemps morte,
ne reste que Capital,
Fureur de tout ce bruit mêlé de fusillade,
et le silence de mon quartier,
Répression d'un cri qui ne parvient à naître.
D'ailleurs l'horreur
s'annonce en toute splendeur.
Ailleurs l'aurore !
Il n'est plus l'heure
de l'effleurement du sens
par la branche d'un mot,
bien pesé, enjolivé de virgules
et de blancs légers comme l'instant.
Ailleurs l'aurore !
L'horreur approche !
les pas battant le pavé
annonce bien des fureurs.
L'aurore dans son entrelacs de nuances
et son souffle de soleil est ailleurs ;
D'ailleurs l'horreur s'annonce déjà,
silencieuse en l'état actuel des choses,
dans ce temps encore ambigu où l'on croit apercevoir l'aurore.
Mais pas de méprise ! C'est bien Horreur qui au loin tapie guette ses proies,
Terreur ne tardera pas, et avec elle, erreur, torpeur,
En cortège sous nos fenêtres qui battront des mains,
Acclameront sueur, famille, patrie et travailleur,
Invoqueront rancoeur, peur et malheur,
définiront bonheur dans un cri vengeur
adressé aux infidèles de leur norme mérite.
Horreur s'annonce, Terreur la suit,
et avec elles, aigreur, tumeur,
tous racoleurs, galvaudeurs et salvateurs,
Ils se mettront en tête fureur,
au pas cadencé des basses cours
où se retrouvent les adorateurs de l'horreur.
L'aurore est bien loin, d'ailleurs,
à l'heure où je vous parle
Terreur sévit en bas de chez moi,
des cris et des courses se répondent,
on entends des coups de feu claqués
entre les murs silencieux et ternes de mon quartier.
Fureur est de retour, je l'entends qui grince sur le pavé,
Terreur, horreur, son armée se drapent de voiles salvateurs,
et dans les ténèbres c'est l'heure,
L'aurore est depuis longtemps morte,
ne reste que Capital,
Fureur de tout ce bruit mêlé de fusillade,
et le silence de mon quartier,
Répression d'un cri qui ne parvient à naître.
vendredi 14 mai 2010
Az-zhar
Seul au milieu des rondes de pluie,
Cherchant parmi les gouttes la mélodie
Des fracas de tôle et des rencontres de flaques,
La conquête sombre des détours de lampadaire
Et des trottoirs noirs encore du viol de la nuit,
Seul au milieu des rondes de pluie,
Là où le masque appauvri des apparences
dégouline le long des murs ternes et endormis.
Le temps de la halte est déjà souvenir,
Toujours mystère,
Il m'accompagne quand je suis seul,
Délaissé par la présence des hommes.
Le temps de la halte est souvenir, précieux,
survenant à n'importe quel moment,
Le temps de la halte est sûr pour l'errant,
Guettant à la lisière infinie du globe,
une lueur amicale dans la pupille d'océan.
C'est une île abandonnée au creux de la paume
d'un homme harassé par les détours du sentier centenaire,
C'est une perle oubliée au plus profond des yeux du voyant de la norme,
Un espace où je peux enfin respirer,
Espérer que la suite des journées mécanisées s'interrompent,
Où je peux attendre sereinement
La panne mondialisée.
Cherchant parmi les gouttes la mélodie
Des fracas de tôle et des rencontres de flaques,
La conquête sombre des détours de lampadaire
Et des trottoirs noirs encore du viol de la nuit,
Seul au milieu des rondes de pluie,
Là où le masque appauvri des apparences
dégouline le long des murs ternes et endormis.
Le temps de la halte est déjà souvenir,
Toujours mystère,
Il m'accompagne quand je suis seul,
Délaissé par la présence des hommes.
Le temps de la halte est souvenir, précieux,
survenant à n'importe quel moment,
Le temps de la halte est sûr pour l'errant,
Guettant à la lisière infinie du globe,
une lueur amicale dans la pupille d'océan.
C'est une île abandonnée au creux de la paume
d'un homme harassé par les détours du sentier centenaire,
C'est une perle oubliée au plus profond des yeux du voyant de la norme,
Un espace où je peux enfin respirer,
Espérer que la suite des journées mécanisées s'interrompent,
Où je peux attendre sereinement
La panne mondialisée.
jeudi 25 mars 2010
Trouvé sur un trottoir.
Il ne reste que toi et moi,
un quelconque message
blotti dans une bouteille roulée par les flots.
Une plage peut-être où s'échouer,
un havre, une halte,
sur laquelle te rencontrer,
te tendre la main et te dire :
Ami,
il ne reste que toi et moi.
Et puis repartir roulé dans le creux d'une bouteille,
voyagé par l'écume bleue minuit,
loin des horloges et des grincements de scie ;
balloté jusqu'à la prochaine île,
roulé dans le fond d'une bouteille,
message dans l'attente d'un regard,
d'un œil épris de liberté, vagabond,
seul détenteur de Sésame.
Message raturant sans cesse ses lignes,
message de rencontre et de détours
cherchant dans l'amas des tâches d'encre,
une image, un mystère,
pour se sentir vivre dans ton regard.
Car il ne reste que toi et moi,
et moi n'est qu'un message, une page,
triturée, froissée, roulée au fond d'une bouteille,
et toi une ombre, une promesse, un rêve,
toi qui découvre dans la constellations des écritures
ce visage que je peux aimer,
Cet instantané qui retient le flot permanent des apparences,
où je ne suis plus seul,
car restent toi et moi,
Toi, étonné par la force de ton imagination,
Moi, se saisissant dans ton regard distrait
par la suite de lignes étranges et silencieuses.
Le message n'a qu'une parole faible, à peine prononcée,
un murmure qui s'achemine sur la page blanche
comme un blessé se traînant au retour d'une guerre.
Amputé par les traits acerbes
de la répétition normalisée des images-soleil,
déchiré par les dents mécaniques des chaînes de montage,
étouffé dans les noires trainées des fourneaux fondeurs de terre,
Message rempli d'échos,
D'écho fusillés au petit matin des longs mois d'hiver,
Échos lapidé par vengeance publique d'états totalitaires,
Échos brûlés par les bombardements quotidiens des ondes et des antennes,
vitriolés, défigurés, imputés, tranchés,
violés, battus, saignés,
Échos de toutes ces images que je retourne encore et encore,
les yeux gorgés de silence,
ici,
où ne restent que toi et moi,
avant que le flot ne m'emporte à nouveau,
sinueuses trainées d'une plume
obstruant peu à peu l'horizon de la page.
J'attends,
simple message,
que quelqu'un déroule mon regard.
blotti dans une bouteille roulée par les flots.
Une plage peut-être où s'échouer,
un havre, une halte,
sur laquelle te rencontrer,
te tendre la main et te dire :
Ami,
il ne reste que toi et moi.
Et puis repartir roulé dans le creux d'une bouteille,
voyagé par l'écume bleue minuit,
loin des horloges et des grincements de scie ;
balloté jusqu'à la prochaine île,
roulé dans le fond d'une bouteille,
message dans l'attente d'un regard,
d'un œil épris de liberté, vagabond,
seul détenteur de Sésame.
Message raturant sans cesse ses lignes,
message de rencontre et de détours
cherchant dans l'amas des tâches d'encre,
une image, un mystère,
pour se sentir vivre dans ton regard.
Car il ne reste que toi et moi,
et moi n'est qu'un message, une page,
triturée, froissée, roulée au fond d'une bouteille,
et toi une ombre, une promesse, un rêve,
toi qui découvre dans la constellations des écritures
ce visage que je peux aimer,
Cet instantané qui retient le flot permanent des apparences,
où je ne suis plus seul,
car restent toi et moi,
Toi, étonné par la force de ton imagination,
Moi, se saisissant dans ton regard distrait
par la suite de lignes étranges et silencieuses.
Le message n'a qu'une parole faible, à peine prononcée,
un murmure qui s'achemine sur la page blanche
comme un blessé se traînant au retour d'une guerre.
Amputé par les traits acerbes
de la répétition normalisée des images-soleil,
déchiré par les dents mécaniques des chaînes de montage,
étouffé dans les noires trainées des fourneaux fondeurs de terre,
Message rempli d'échos,
D'écho fusillés au petit matin des longs mois d'hiver,
Échos lapidé par vengeance publique d'états totalitaires,
Échos brûlés par les bombardements quotidiens des ondes et des antennes,
vitriolés, défigurés, imputés, tranchés,
violés, battus, saignés,
Échos de toutes ces images que je retourne encore et encore,
les yeux gorgés de silence,
ici,
où ne restent que toi et moi,
avant que le flot ne m'emporte à nouveau,
sinueuses trainées d'une plume
obstruant peu à peu l'horizon de la page.
J'attends,
simple message,
que quelqu'un déroule mon regard.
mercredi 17 mars 2010
L'oeil silence
de la main qui creuse en cercle la terre,
l'oeil paysage,
qui se transforme dans un nuage de fumée
en oeil rivage, en oeil-céan,
Emportées par le flot-écume d'un regard,
les voiles se soulèvent dans le souffle d'une parole,
l'oeil nuit
de la main qui creuse en cercle la terre,
à la recherche de pierres,
tâtonnant l'obscurité même,
glaneuse des débris du soleil ;
l'oeil étoilé, l'oeil exilé,
qui se presse de rentrer avant le jour,
avant que ne paraissent les hommes aux yeux crevés.
Ceux qui l'ont banni de leur visage
et qui menacent encore de le poursuivre.
L'oeil du passeur d'eau blotti au fond d'un miroir
est une main tendue,
le retournement d'un monde,
la tombée d'un voile,
dans cet envers,
sombre atmosphère de l'univers.
Mais le passeur d'eau se réfugie aussi
là où ne l'attend pas,
le passeur d'eau en exil s'étonne toujours
de son semblable sédentaire.
Il est, lui, insouciant et versatile,
à saisir au détour d'une ruelle,
sur le quai embrumé d'un soir d'automne,
sous la chaise d'une cuisine,
entre les murs d'un bureau,
masqué dans un tas de papier,
ou encore
métamorphosé en tâche d'encre,
se déversant
sur la page
d'un regard.
Le passeur d'eau que je croise aujourd'hui
n'est jamais celui de mon souvenir,
le passeur d'eau d'hier ne se préoccupe pas
du passeur d'eau de demain.
Ce n'est qu'une main tendue, une image,
qui dans l'errance ou dans l'absence,
fait ressurgir du sein meurtri des villes
un compagnon pour le nautonier égaré.
Son visage contient l'étincelle d'où jaillit le Phénix,
la goutte de vase
faisant déborder l'eau à la bouche.
jeudi 11 mars 2010
Mise sous vers
Précipité d'une maigre fenaison,
L’encrier mort que pleurent ma cheminée,
La fenêtre stérile, le bureau qui ne fait aucun bruit,
Venue des plus disparates envolées,
C’est la Vénus de l’eau dérobée,
Le retournement fiévreux de la flamme
Veillant le malade qui se rince d’éther,
Médusé d’encre et de papier.
Marasme des murs qui se fendent,
La gorge déployée régurgite le temps,
Langue claquant au rythme du vent,
Respiration gnostique, inspiration d’étoile,
Étincelle discrète,
Lueur courant sur les mains du jongleur.
Quelques dés,
quelque annonce du néant.
Précipité d'une maigre fenaison,
L’encrier mort que pleurent ma cheminée,
La fenêtre stérile, le bureau qui ne fait aucun bruit,
L’encrier mort, dont mes lèvres meurtries
Boivent sans attendre le sang.
L’encrier mort que pleurent ma cheminée,
La fenêtre stérile, le bureau qui ne fait aucun bruit,
Venue des plus disparates envolées,
C’est la Vénus de l’eau dérobée,
Le retournement fiévreux de la flamme
Veillant le malade qui se rince d’éther,
Médusé d’encre et de papier.
Marasme des murs qui se fendent,
La gorge déployée régurgite le temps,
Langue claquant au rythme du vent,
Respiration gnostique, inspiration d’étoile,
Étincelle discrète,
Lueur courant sur les mains du jongleur.
Quelques dés,
quelque annonce du néant.
Précipité d'une maigre fenaison,
L’encrier mort que pleurent ma cheminée,
La fenêtre stérile, le bureau qui ne fait aucun bruit,
L’encrier mort, dont mes lèvres meurtries
Boivent sans attendre le sang.
mercredi 10 février 2010
La lettre des Muses.
En écho de mon exploration strictement scarlattienne, je place ici mes propositions descriptives de sonates d'autres compositeurs.
Sonate n° 8 de Sebastian de Albero.
Trois propositions : mélodie vagabonde, essence solaire de la danse du samedi soir ou après-midi apollinien.
¤ Quelques lumineux pas de souris introduisent le portrait d'une malicieuse mélodie. Entre autres câprices et facéties, elle se met à dansauter dans le cercle impérieux de ses parents avec un rythme marqué exprimant son entêtement. La fureur parentale gonfle, grossièrement rouge, culmine et explose en un bouquet de confiseries pastel : c'est un moment de réjouissance pure et claire. Sur les bases de cette joyeuse chora, renaît le thème du dansautement, dont la répétition est propre à figer ses bêtises coutumières dans l'immobilité d'un tableau, qui disparaît ensuite subitement, soufflé tel un nuage de sable. Reviennent alors les pas de souris, le dansautement rétif et l'exaspération parentale, et son explosion si jubilatoire. Le tableau est une nouvelle fois tracé et aussi fragilement évanoui. En un mouvement de balancement qui rappellerait celui d'un pro-jet (pour ne pas dire culbute) de toutes les valeurs, elle s'évade alors, parcourt avec la malicieuse légèreté qui est la sienne, les routes, traverse nonchalemment les forêts qui la croisent ; leur rit au nez. Elle est indifférente à tout, se rejouit simplement de son être-là fluide et dansant, être plus proche d'un devenir en dérobade que d'un être attaché à son là. (Ces deux dernières phrases décrivent le même mouvement décrit précédemment, qui subit toutefois des changements de mode ou de gamme ; celui-ci se produit donc encore deux fois, mais j'ai laissé aller mon oreille à une nouvelle interprétation, plus libre.)
¤ De brefs et perçants éclairs colorés assignent une place à la scène : projecteurs, stroboscopes et fumée habillent la complexité ondulante de la mélodie, que tâchent d'honorer de sabbatiques danseurs. Les corps s'enivrent d'épouser continûment ses formes pourtant saccadées ; ayant crû à son apogée, leur ivresse, tout autant désorientation que sourire infinis, est transport vers une plénitude atemporelle, hors-lieu triomphant. Alors - car la temporalité les re-cueille subitement - de chaînes de membres qu'ils sont, ils se dé-chaînent : retombent sur l'appui des jambes, et l'effort extatique du geste dansant les relève en tableau. Son impression d'éternelle jeunesse ne le protège pas de la péremption, et peu ou prou, la même danse reprend.
¤ Sa joie impérissable peut évoquer une fin d'après-midi estival, occupée par l'insouciance des cris et des jeux d'enfants ; quoique mélancolique par anticipation de sa finitude, elle irradie d'une chaleur solaire débordante.
Sonate n° 8 de Sebastian de Albero.
Trois propositions : mélodie vagabonde, essence solaire de la danse du samedi soir ou après-midi apollinien.
¤ Quelques lumineux pas de souris introduisent le portrait d'une malicieuse mélodie. Entre autres câprices et facéties, elle se met à dansauter dans le cercle impérieux de ses parents avec un rythme marqué exprimant son entêtement. La fureur parentale gonfle, grossièrement rouge, culmine et explose en un bouquet de confiseries pastel : c'est un moment de réjouissance pure et claire. Sur les bases de cette joyeuse chora, renaît le thème du dansautement, dont la répétition est propre à figer ses bêtises coutumières dans l'immobilité d'un tableau, qui disparaît ensuite subitement, soufflé tel un nuage de sable. Reviennent alors les pas de souris, le dansautement rétif et l'exaspération parentale, et son explosion si jubilatoire. Le tableau est une nouvelle fois tracé et aussi fragilement évanoui. En un mouvement de balancement qui rappellerait celui d'un pro-jet (pour ne pas dire culbute) de toutes les valeurs, elle s'évade alors, parcourt avec la malicieuse légèreté qui est la sienne, les routes, traverse nonchalemment les forêts qui la croisent ; leur rit au nez. Elle est indifférente à tout, se rejouit simplement de son être-là fluide et dansant, être plus proche d'un devenir en dérobade que d'un être attaché à son là. (Ces deux dernières phrases décrivent le même mouvement décrit précédemment, qui subit toutefois des changements de mode ou de gamme ; celui-ci se produit donc encore deux fois, mais j'ai laissé aller mon oreille à une nouvelle interprétation, plus libre.)
¤ De brefs et perçants éclairs colorés assignent une place à la scène : projecteurs, stroboscopes et fumée habillent la complexité ondulante de la mélodie, que tâchent d'honorer de sabbatiques danseurs. Les corps s'enivrent d'épouser continûment ses formes pourtant saccadées ; ayant crû à son apogée, leur ivresse, tout autant désorientation que sourire infinis, est transport vers une plénitude atemporelle, hors-lieu triomphant. Alors - car la temporalité les re-cueille subitement - de chaînes de membres qu'ils sont, ils se dé-chaînent : retombent sur l'appui des jambes, et l'effort extatique du geste dansant les relève en tableau. Son impression d'éternelle jeunesse ne le protège pas de la péremption, et peu ou prou, la même danse reprend.
¤ Sa joie impérissable peut évoquer une fin d'après-midi estival, occupée par l'insouciance des cris et des jeux d'enfants ; quoique mélancolique par anticipation de sa finitude, elle irradie d'une chaleur solaire débordante.
mardi 12 janvier 2010
Les lettres de Domenico Scarlatti.
Avec le temps, mon oreille s'est enamourée des sonates de ce grand nom du clavecin baroque. Par un exercice d'écriture, qui cherche encore ses lecteurs, j'aimerais rendre, à et par la lettre, leurs couleurs aux mélodies qui vivent derrière les numéros de leur classement. C'est donc une entreprise anti-numérique, et, se plaçant autant qu'elle le peut sous l'égide de Bergson, anti-spatiale : restituer la durée de la mélodie, son monde, son ouverture, sa poésie.
Il n'est pas inutile d'écrire que ce n'est qu'un voeu pieux, car mon oreille est terriblement spatialisante... Mais du moment que le plaisir y est, les lettres suivent !
Le tressautement ajouré d'un oiseau léger constitue une ouverture rebondie et riante. [10 secondes] Lui répond un balancement complexe, affolant de frivolité, qui épuise ses fragiles circonvolutions mélodiques, en une série de caquets de paisible contentement. [31 secondes] L'ensemble est ensuite repris trois fois en ne permettant que de subtiles variations.
Une impulsion guerrière liminaire, toute dentelée de lames aiguisées, s'élance fougueusement en un affrontement dialogique aussi galbé que le danseur flamenco, hidalgo à la posture fière. [30 secondes] Ce n'était que le recueil intense de son âme avant une danse de fer : les tranchants à présent virevoltent entre les compagnons de mort, dont il emporte un premier tribut. [1 minute 7] Recueilli sur le sang versé, parle à nouveau son tranchant destructeur ; il inspire la terreur, et [1 minute 36], se riant des ennemis, vole fluidement entre eux, perçant çà et là, tel un souffle vengeur. L'ennemi vient à manquer, le guerrier reprend haleine un temps, mais enfonce avec fracas une troupe subitement aperçue. [1 m 54] Ne faisant plus qu'un avec la jouissance de détruire, il tourne sur lui-même, et, à présent gracieuse tornade d'acier, fend et rompt l'ennemi. [2 minutes 4] Pourtant, l'excellence du geste ne suffit pas : [2 minutes 16] son amie menacée appelle un nouvel élan, de fureur désespérée ; [2 minutes 52] la lame quoiqu'exaspérée trace en un pro-jet martial circulaire, voisinant le ciel, un chemin jusqu'à la dame aimée, défait de son aigu la menace et n'obtient en fin qu'une paix provisoire. [3 minutes 25] Reprise à l'identique du passage précédent.
Evéillée par l'odorant et vert miel de Phoebus, la forêt s'éjouit du petit jour : les arbres en un large soupir de contentement raidissent leurs ramures ; et ses habitants ailés, frémis par cette re-naissance, gazouillent à l'unisson une salutation au soleil. [16 secondes] L'un d'entre eux, remarquable par ses moirures rouges, vertes et d'or, arbore maternellement les ailes, sautelant jusqu'à une éclaircie de branches qui lui façonnent une scène d'où il fait éclore, en son ineffable générosité, l'hymne de l'aurore. Cette vibration fondamentale s'élève par paliers, sur des marches solaires, vers un palais païen, verdurant temple de l'Un qui conserve délicatement le souffle de tout vivant et par lequel tout reçoit une gracieuse plénitude. [38 secondes] L'éveil est effectif et la contingence abat l'édifice, cristallin, de l'hymne : les oisillons de l'excellent ailé se réveillent, se bousculent et discordent de leurs gorges, une turbulence, qui brise la céleste harmonie hymnique. [56 secondes] Le père multicolore s'en revient au nid, donne du bec et rétablit un semblant d'ordre dans cette rébellion enfantine, finalement plus attendrissante qu'importune ; elle s'achève donc sur la plus douce des affections compréhensives. [1 minute et 8 secondes] Tout juste distrait par l'incident, l'être aux reflets ondoyants, prolongeant la réjouissance forestière, vocalise brièvement entre les branches, et, insatisfait de cette simple manifestation sonore qu'il juge inhabile à exprimer la plénitude d'être qui l'anime, cette fois prend son envol, se plaçant alors, en un jaillissement scintillant, au ciel, comme un foyer de feu resplendissant à l'égal de l'astre qui l'éclaire, et baisant de son regard affectueux la vivacité animée de sa terre natale. Posé paisiblement dans le ciel, avec le naturel d'un nuage rondelet, il aperçoit toutefois de quoi fendre cette paix, la scier à même l'âme : une cohorte de bûcherons a entamé l'exécution d'une injuste condamnation dans un affairement machinal à la lisière de la forêt. Ronronnent les scies et retentissent tristement les chocs mortels des hachures : c'en est trop pour ce chanteur ailé, qui prend subitement dégoût de la réalité, et de l'altitude, en détournant le regard, avide de la consolation esthétique que procure la vision de l'azur. [2 minutes et 18 secondes] Nouvellement juché en demeure altière, il préfère s'enivrer, bercé au sein des alizés tiédissant, de l'hydromel visuel de la blonde campagne qui, insouciante du drame de la lisière, paisiblement le subjugue. De là-haut, il assiste au re-couronnement coutumier de l'Apollon citharède des hêtres, sa forte et bruyante demeure terrestre, dont la fête symbolique et symbiotique, vitale et vivante, par un véritable envoûtement de sève, alors suscite l'enthousiasme de sa population aux pépiements graciles.[2 minutes 46] Mais les oisillons, taquins, malicieux, connaissent la parade et, loin du regard paternel, veulent parasiter la célébration : ils s'engouffrent énergiquement dans le cortège, bousculent les conducteurs, pépient à tue-tête et à contre-chant, puis finalement s'échappent dans un rire moqueur. [3 minutes] La céleste harmonie, en vertu du prince enciellé, reprend, aussi paisible qu'auparavant dans son bain de nuages et de candides bourrasques. [3 m 40] Que faire de ces mécaniques humains ? La menace est réelle, et pourtant sa résolution doit être remise à demain. Le monde dort au soleil.
Bien qu'étouffée par la houle, la clameur grandissante des "hourras !", éveille la nef, comme un oiseau qui s'ébroue : [7 secondes] les canonniers s'affairent et astiquent en rythme les pièces d'artillerie ; les soldats affûtent les sabres et se rangent sur le pont, avec une mâle soif d'affrontements. Ils trépignent, se lancent des défis [18 secondes] et leurs cœurs se chantent déjà en des circonvolutions flamboyantes les faits d'armes à venir. [27 secondes] La clameur se fait prochaine, à la mesure de l'accroissement de l'ardeur combattive, mais l'éloignement encore trop important de la nef ennemie les contraint aux fantasmes les plus séduisants d'une bataille rageuse où ils auraient le dessus ; tous fantasmes qu'ils sont, ils bruissent dans leurs âmes, en se frottant en saccades à la réalité - que la main droite exprime par ses tressautements aigus. [51 secondes] Dans l'attente de l'affrontement, sont alors les derniers cris animés des soldats, avant un relative accalmie, présanguinaire. [1 minute 7] Les canons parlent, en deux salves, pour évaluer l'ennemi. Les marins hors d'eux, fourmillent ; répondent intérieurement à l'appel guerrier de la nef toute proche, en se pressant au bord de rencontre. [1 m 27] Cette fois, c'est l'abordage : une pointe d'hommes fébriles perce le rang hostile et permet le déversement d'une masse de marins. Dégainés, les sabres dansent ; et parmi eux, un fier aguerri, dressé comme sa lame, se joue d'une troupe en tournoyant. Après cet habile carnage, ses compagnons achèvent de faire place nette, dans cette partie du bateau. [2 minutes 16] La rage se voit renouvelée, noircie, par la fureur du sang versé ; les coups se font plus pesants, la tornade de lame plus tranchante, et si le sabre épouse le ciel, ce n'est que pour trancherhttp://www.blogger.com/img/blank.gif plus profondément, sans appel, jusqu'au tournoiement ultime de rage ramassée. [3 minutes 14] L'ardeur de l'adversaire, pourtant, ne faiblit pas ; c'est toujours ce tranchant amer qui parle, blanchi par la triste écume et la sévérité du ciel. Y a-t-il gloire à tirer de l'humaine obstination, à combattre ?
Les premiers pas d'une gracieuse incertitude sentimentale [11 secondes] s'articulent comme les dents cristallines d'une boîte à musique ineffablement chère. La fugue mélodique n'est pas étrangère au mouvement des souvenirs qui valsent dans le cinéma intérieur de la remémoration. [35 secondes] Les souvenirs pèsent alors comme des engrenages. [44 secondes] En une légère soudaineté, une volte douce les élève et dissipe la pesanteur de l'incertitude. S'esquisse alors heureusement une temporaire résolution dans l'aigu : qu'importent les regrets, le devoir et les échecs, l'air gracile des hauteurs effile et épuise l'essoufflement de l'âme soucieuse. "Il est encore une raison d'être pour moi", songe souriant l'être affairé par ses pensées. Il se laisse porter vers l'hypothétique surgissement spontané de la solution à ses problèmes. [1 minute 48] Mais l'incertitude reprend, et ses délicates dentelures. Elles reviennent, sans réelle contrainte, le préoccuper. [2 minutes 20] La même volte qu'antérieurement désire de nouveau une solution, et pourtant, s'évanouit dans les hauteurs de la rêverie. [2 minutes 51] La déception de cette perte s'exprime par des traits durs du clavecin ; [2 minutes 58] et redonne néanmoins naissance au thème, qui apparaît complexifié, [3 minutes 11] empressé de rejoindre les hauteurs libératrices. Un évanouissement semblable au précédent mais allongé, comme rendu confus par l'incertitude ambiante, clôt une nouvelle fois l'élévation désirée. [4 minutes] De petits pas s'agencent comme de fragiles marches célestes, vers l'air salutaire. On voudrait y croire, porté par la brise amicale des hauteurs ; et pourtant, même dans une prison de cristal, il n'est pas d'évasion possible.
Un joyeux balancement s'ornemente librement, formant un collier mélodique de notes. Satisfaite de son entrée, la dame printanière prodigue, non sans un gai dansautement, et par poignées, ses dons candides de fleurs, et avec elles, sa matinée doucement parfumée. Arbres et fleurs des clairières envoûtés, se libèrent ; elle mène une révolution champêtre. Un doute assombrissant l’efface un temps, comme un présage de la menace possible d'un tel pouvoir, et se complexifie dans un second temps de manière à se conjuguer à la gaieté du balancement, dont elle n'était finalement que l'épice musicale en vue de la relever en sérieuse et mélodieuse conclusion. Sur ce, la dame esquisse de nouveau le joyeux balancement introductif, prodigue au long de son chemin fleurs et sourires, enthousiasme les âmes de la forêt. Est-elle néanmoins maîtresse de ses charmes ? Cette incertitude, bien que fardant l'aspect de la forêt, se fond dans la gaieté ambiante, en un chant ajouré de joie renouvelée. Toutefois, un doute, encore, un dernier, légèrement plus sombre, apparaît, de menace appuyée, comme la possibilité du renversement de ce monde insouciant. Son âme renaît pourtant de ses effluves les plus simples, dans une joie incontenable et incontestable. De là, ultimement, reprend le doute le plus sombre, auquel fait suite la résurrection du monde et son apothéose finale.
Le thème d'entrée est semblable à une chaîne de courts caquets rossignolesques ; il s'esquisse comme une danse exquise et gracieuse, véritable souffle de lumière vers un absolu doué d'amour. On demeure le temps d'une mélodie dans ses nuages sacrés et sucrés, car un trouble l'oblige à se complexifier en un petit refrain circulaire, duquel on descend par un escalier coloré aux saccades bien senties. Toujours forte d'un entrain dansant, la mélodie trouve brièvement une harmonieuse résolution. Renaît alors la chaîne liminaire des caquets, et l'enchaînement logique de la mélodie vers la même résolution. Le tout est interrompu par une complexification dubitative et quelque peu violente, qui se plaît étonnamment à retrouver le refrain circulaire et son joyeux escalier. Reprend alors la complexification qui vient d'être décrite et sa suite logique. Sans doute fallait-il toutes ces péripéties pour quérir la paix solaire de la fin.
Il n'est pas inutile d'écrire que ce n'est qu'un voeu pieux, car mon oreille est terriblement spatialisante... Mais du moment que le plaisir y est, les lettres suivent !
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K.2 Initiation rebondie au soleil.Le tressautement ajouré d'un oiseau léger constitue une ouverture rebondie et riante. [10 secondes] Lui répond un balancement complexe, affolant de frivolité, qui épuise ses fragiles circonvolutions mélodiques, en une série de caquets de paisible contentement. [31 secondes] L'ensemble est ensuite repris trois fois en ne permettant que de subtiles variations.
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K.31 L'âme brûlante du guerrier émeraude. Une impulsion guerrière liminaire, toute dentelée de lames aiguisées, s'élance fougueusement en un affrontement dialogique aussi galbé que le danseur flamenco, hidalgo à la posture fière. [30 secondes] Ce n'était que le recueil intense de son âme avant une danse de fer : les tranchants à présent virevoltent entre les compagnons de mort, dont il emporte un premier tribut. [1 minute 7] Recueilli sur le sang versé, parle à nouveau son tranchant destructeur ; il inspire la terreur, et [1 minute 36], se riant des ennemis, vole fluidement entre eux, perçant çà et là, tel un souffle vengeur. L'ennemi vient à manquer, le guerrier reprend haleine un temps, mais enfonce avec fracas une troupe subitement aperçue. [1 m 54] Ne faisant plus qu'un avec la jouissance de détruire, il tourne sur lui-même, et, à présent gracieuse tornade d'acier, fend et rompt l'ennemi. [2 minutes 4] Pourtant, l'excellence du geste ne suffit pas : [2 minutes 16] son amie menacée appelle un nouvel élan, de fureur désespérée ; [2 minutes 52] la lame quoiqu'exaspérée trace en un pro-jet martial circulaire, voisinant le ciel, un chemin jusqu'à la dame aimée, défait de son aigu la menace et n'obtient en fin qu'une paix provisoire. [3 minutes 25] Reprise à l'identique du passage précédent.
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K.33 Florilège empressé de joie virgilienne : écoute de l'éveil de la Forêt. Evéillée par l'odorant et vert miel de Phoebus, la forêt s'éjouit du petit jour : les arbres en un large soupir de contentement raidissent leurs ramures ; et ses habitants ailés, frémis par cette re-naissance, gazouillent à l'unisson une salutation au soleil. [16 secondes] L'un d'entre eux, remarquable par ses moirures rouges, vertes et d'or, arbore maternellement les ailes, sautelant jusqu'à une éclaircie de branches qui lui façonnent une scène d'où il fait éclore, en son ineffable générosité, l'hymne de l'aurore. Cette vibration fondamentale s'élève par paliers, sur des marches solaires, vers un palais païen, verdurant temple de l'Un qui conserve délicatement le souffle de tout vivant et par lequel tout reçoit une gracieuse plénitude. [38 secondes] L'éveil est effectif et la contingence abat l'édifice, cristallin, de l'hymne : les oisillons de l'excellent ailé se réveillent, se bousculent et discordent de leurs gorges, une turbulence, qui brise la céleste harmonie hymnique. [56 secondes] Le père multicolore s'en revient au nid, donne du bec et rétablit un semblant d'ordre dans cette rébellion enfantine, finalement plus attendrissante qu'importune ; elle s'achève donc sur la plus douce des affections compréhensives. [1 minute et 8 secondes] Tout juste distrait par l'incident, l'être aux reflets ondoyants, prolongeant la réjouissance forestière, vocalise brièvement entre les branches, et, insatisfait de cette simple manifestation sonore qu'il juge inhabile à exprimer la plénitude d'être qui l'anime, cette fois prend son envol, se plaçant alors, en un jaillissement scintillant, au ciel, comme un foyer de feu resplendissant à l'égal de l'astre qui l'éclaire, et baisant de son regard affectueux la vivacité animée de sa terre natale. Posé paisiblement dans le ciel, avec le naturel d'un nuage rondelet, il aperçoit toutefois de quoi fendre cette paix, la scier à même l'âme : une cohorte de bûcherons a entamé l'exécution d'une injuste condamnation dans un affairement machinal à la lisière de la forêt. Ronronnent les scies et retentissent tristement les chocs mortels des hachures : c'en est trop pour ce chanteur ailé, qui prend subitement dégoût de la réalité, et de l'altitude, en détournant le regard, avide de la consolation esthétique que procure la vision de l'azur. [2 minutes et 18 secondes] Nouvellement juché en demeure altière, il préfère s'enivrer, bercé au sein des alizés tiédissant, de l'hydromel visuel de la blonde campagne qui, insouciante du drame de la lisière, paisiblement le subjugue. De là-haut, il assiste au re-couronnement coutumier de l'Apollon citharède des hêtres, sa forte et bruyante demeure terrestre, dont la fête symbolique et symbiotique, vitale et vivante, par un véritable envoûtement de sève, alors suscite l'enthousiasme de sa population aux pépiements graciles.[2 minutes 46] Mais les oisillons, taquins, malicieux, connaissent la parade et, loin du regard paternel, veulent parasiter la célébration : ils s'engouffrent énergiquement dans le cortège, bousculent les conducteurs, pépient à tue-tête et à contre-chant, puis finalement s'échappent dans un rire moqueur. [3 minutes] La céleste harmonie, en vertu du prince enciellé, reprend, aussi paisible qu'auparavant dans son bain de nuages et de candides bourrasques. [3 m 40] Que faire de ces mécaniques humains ? La menace est réelle, et pourtant sa résolution doit être remise à demain. Le monde dort au soleil.
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K.37 L'imminence sautillante et incertaine continuée de l'affrontement.Bien qu'étouffée par la houle, la clameur grandissante des "hourras !", éveille la nef, comme un oiseau qui s'ébroue : [7 secondes] les canonniers s'affairent et astiquent en rythme les pièces d'artillerie ; les soldats affûtent les sabres et se rangent sur le pont, avec une mâle soif d'affrontements. Ils trépignent, se lancent des défis [18 secondes] et leurs cœurs se chantent déjà en des circonvolutions flamboyantes les faits d'armes à venir. [27 secondes] La clameur se fait prochaine, à la mesure de l'accroissement de l'ardeur combattive, mais l'éloignement encore trop important de la nef ennemie les contraint aux fantasmes les plus séduisants d'une bataille rageuse où ils auraient le dessus ; tous fantasmes qu'ils sont, ils bruissent dans leurs âmes, en se frottant en saccades à la réalité - que la main droite exprime par ses tressautements aigus. [51 secondes] Dans l'attente de l'affrontement, sont alors les derniers cris animés des soldats, avant un relative accalmie, présanguinaire. [1 minute 7] Les canons parlent, en deux salves, pour évaluer l'ennemi. Les marins hors d'eux, fourmillent ; répondent intérieurement à l'appel guerrier de la nef toute proche, en se pressant au bord de rencontre. [1 m 27] Cette fois, c'est l'abordage : une pointe d'hommes fébriles perce le rang hostile et permet le déversement d'une masse de marins. Dégainés, les sabres dansent ; et parmi eux, un fier aguerri, dressé comme sa lame, se joue d'une troupe en tournoyant. Après cet habile carnage, ses compagnons achèvent de faire place nette, dans cette partie du bateau. [2 minutes 16] La rage se voit renouvelée, noircie, par la fureur du sang versé ; les coups se font plus pesants, la tornade de lame plus tranchante, et si le sabre épouse le ciel, ce n'est que pour trancherhttp://www.blogger.com/img/blank.gif plus profondément, sans appel, jusqu'au tournoiement ultime de rage ramassée. [3 minutes 14] L'ardeur de l'adversaire, pourtant, ne faiblit pas ; c'est toujours ce tranchant amer qui parle, blanchi par la triste écume et la sévérité du ciel. Y a-t-il gloire à tirer de l'humaine obstination, à combattre ?
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K.41 La boîte à musique des souvenirs est un destin de dentelles mélodique.Les premiers pas d'une gracieuse incertitude sentimentale [11 secondes] s'articulent comme les dents cristallines d'une boîte à musique ineffablement chère. La fugue mélodique n'est pas étrangère au mouvement des souvenirs qui valsent dans le cinéma intérieur de la remémoration. [35 secondes] Les souvenirs pèsent alors comme des engrenages. [44 secondes] En une légère soudaineté, une volte douce les élève et dissipe la pesanteur de l'incertitude. S'esquisse alors heureusement une temporaire résolution dans l'aigu : qu'importent les regrets, le devoir et les échecs, l'air gracile des hauteurs effile et épuise l'essoufflement de l'âme soucieuse. "Il est encore une raison d'être pour moi", songe souriant l'être affairé par ses pensées. Il se laisse porter vers l'hypothétique surgissement spontané de la solution à ses problèmes. [1 minute 48] Mais l'incertitude reprend, et ses délicates dentelures. Elles reviennent, sans réelle contrainte, le préoccuper. [2 minutes 20] La même volte qu'antérieurement désire de nouveau une solution, et pourtant, s'évanouit dans les hauteurs de la rêverie. [2 minutes 51] La déception de cette perte s'exprime par des traits durs du clavecin ; [2 minutes 58] et redonne néanmoins naissance au thème, qui apparaît complexifié, [3 minutes 11] empressé de rejoindre les hauteurs libératrices. Un évanouissement semblable au précédent mais allongé, comme rendu confus par l'incertitude ambiante, clôt une nouvelle fois l'élévation désirée. [4 minutes] De petits pas s'agencent comme de fragiles marches célestes, vers l'air salutaire. On voudrait y croire, porté par la brise amicale des hauteurs ; et pourtant, même dans une prison de cristal, il n'est pas d'évasion possible.
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K.124 Cristal de printemps.Un joyeux balancement s'ornemente librement, formant un collier mélodique de notes. Satisfaite de son entrée, la dame printanière prodigue, non sans un gai dansautement, et par poignées, ses dons candides de fleurs, et avec elles, sa matinée doucement parfumée. Arbres et fleurs des clairières envoûtés, se libèrent ; elle mène une révolution champêtre. Un doute assombrissant l’efface un temps, comme un présage de la menace possible d'un tel pouvoir, et se complexifie dans un second temps de manière à se conjuguer à la gaieté du balancement, dont elle n'était finalement que l'épice musicale en vue de la relever en sérieuse et mélodieuse conclusion. Sur ce, la dame esquisse de nouveau le joyeux balancement introductif, prodigue au long de son chemin fleurs et sourires, enthousiasme les âmes de la forêt. Est-elle néanmoins maîtresse de ses charmes ? Cette incertitude, bien que fardant l'aspect de la forêt, se fond dans la gaieté ambiante, en un chant ajouré de joie renouvelée. Toutefois, un doute, encore, un dernier, légèrement plus sombre, apparaît, de menace appuyée, comme la possibilité du renversement de ce monde insouciant. Son âme renaît pourtant de ses effluves les plus simples, dans une joie incontenable et incontestable. De là, ultimement, reprend le doute le plus sombre, auquel fait suite la résurrection du monde et son apothéose finale.
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K.143 Pour une danse candide et solaire.Le thème d'entrée est semblable à une chaîne de courts caquets rossignolesques ; il s'esquisse comme une danse exquise et gracieuse, véritable souffle de lumière vers un absolu doué d'amour. On demeure le temps d'une mélodie dans ses nuages sacrés et sucrés, car un trouble l'oblige à se complexifier en un petit refrain circulaire, duquel on descend par un escalier coloré aux saccades bien senties. Toujours forte d'un entrain dansant, la mélodie trouve brièvement une harmonieuse résolution. Renaît alors la chaîne liminaire des caquets, et l'enchaînement logique de la mélodie vers la même résolution. Le tout est interrompu par une complexification dubitative et quelque peu violente, qui se plaît étonnamment à retrouver le refrain circulaire et son joyeux escalier. Reprend alors la complexification qui vient d'être décrite et sa suite logique. Sans doute fallait-il toutes ces péripéties pour quérir la paix solaire de la fin.
dimanche 10 janvier 2010
Invitation
Mes cauchemars, blessures, plaintes et remords
Tous ensemble perçus en un violent désaccord
Doivent sourdre de leur carapace de chair
Sans quoi le cœur en cette fange se perd.
Alors vêtu de désespoir, à la brune,
Sous l'œil voilé du ciel et de la verte lune,
Je pars, loin des miroirs qui ont figé mon émoi
Dans un reflet étranglé, un airain froid,
Briser l'insignifiante superficie
Qui hante mon être brûlé par lente asphyxie;
Sous ce résidu informe atteint d'aboulie
S'ouvre l'horizon intime d'une autre vie.
Porté par la splendide noirceur de la nuit
J'éteins mon être affairé et mes sens avertis
-Tyrans sous le joug desquels j'ai appris à vivre-
Et laisse éclore pour un temps l'être libre.
Dans cette nature hostile et précaire
Que nul homme ne trouble je trouve repaire.
Le parfum de la liberté gagne mon sang
Glorifié par ce chant, ce feu partisan,
Celui qui se déverse en flot rompu
Dans un fracas minéral, un relent impromptu:
Ma voix écorchée se perd dans la solitude
-Étrange monde où l'écho se dénude.
Tous ensemble perçus en un violent désaccord
Doivent sourdre de leur carapace de chair
Sans quoi le cœur en cette fange se perd.
Alors vêtu de désespoir, à la brune,
Sous l'œil voilé du ciel et de la verte lune,
Je pars, loin des miroirs qui ont figé mon émoi
Dans un reflet étranglé, un airain froid,
Briser l'insignifiante superficie
Qui hante mon être brûlé par lente asphyxie;
Sous ce résidu informe atteint d'aboulie
S'ouvre l'horizon intime d'une autre vie.
Porté par la splendide noirceur de la nuit
J'éteins mon être affairé et mes sens avertis
-Tyrans sous le joug desquels j'ai appris à vivre-
Et laisse éclore pour un temps l'être libre.
Dans cette nature hostile et précaire
Que nul homme ne trouble je trouve repaire.
Le parfum de la liberté gagne mon sang
Glorifié par ce chant, ce feu partisan,
Celui qui se déverse en flot rompu
Dans un fracas minéral, un relent impromptu:
Ma voix écorchée se perd dans la solitude
-Étrange monde où l'écho se dénude.
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