mercredi 17 mars 2010


L'oeil silence
de la main qui creuse en cercle la terre,

l'oeil paysage,
qui se transforme dans un nuage de fumée
en oeil rivage, en oeil-céan,

Emportées par le flot-écume d'un regard,
les voiles se soulèvent dans le souffle d'une parole,
l'oeil nuit
de la main qui creuse en cercle la terre,
à la recherche de pierres,
tâtonnant l'obscurité même,
glaneuse des débris du soleil ;

l'oeil étoilé, l'oeil exilé,
qui se presse de rentrer avant le jour,
avant que ne paraissent les hommes aux yeux crevés.

Ceux qui l'ont banni de leur visage
et qui menacent encore de le poursuivre.


L'oeil du passeur d'eau blotti au fond d'un miroir
est une main tendue,

le retournement d'un monde,
la tombée d'un voile,
dans cet envers,
sombre atmosphère de l'univers.

Mais le passeur d'eau se réfugie aussi
là où ne l'attend pas,

le passeur d'eau en exil s'étonne toujours
de son semblable sédentaire.

Il est, lui, insouciant et versatile,

à saisir au détour d'une ruelle,
sur le quai embrumé d'un soir d'automne,
sous la chaise d'une cuisine,
entre les murs d'un bureau,
masqué dans un tas de papier,
ou encore
métamorphosé en tâche d'encre,
se déversant
sur la page
d'un regard.

Le passeur d'eau que je croise aujourd'hui
n'est jamais celui de mon souvenir,

le passeur d'eau d'hier ne se préoccupe pas
du passeur d'eau de demain.

Ce n'est qu'une main tendue, une image,
qui dans l'errance ou dans l'absence,

fait ressurgir du sein meurtri des villes
un compagnon pour le nautonier égaré.

Son visage contient l'étincelle d'où jaillit le Phénix,
la goutte de vase
faisant déborder l'eau à la bouche.

1 commentaire:

Robin Sandr a dit…

Je me sens un peu désarmé par ce poème.
Il me paraît tout d'abord que tu es plus hégélien que tu le crois, tant l'on peut lire l'esprit, le souffle quasi immatériel qui anime le monde (et qui le réanime), dans cet oeil énigmatique. Il semble d'ailleurs que cet oeil soit unique, sans doute comme figure peinte par le poète, que l'on peut retrouver dans des lieux et situations différents. Alors l'oeil du passeur d'eau a un pouvoir particulier, celui de participer à son activité nomade et orphique : re-sus-citation du monde par la plume imprégnée d'encre.
Mais sans doute cette esquisse de sableux propos sera lavée par les eaux du passeur, qui ne fait passer.