Seul au milieu des rondes de pluie,
Cherchant parmi les gouttes la mélodie
Des fracas de tôle et des rencontres de flaques,
La conquête sombre des détours de lampadaire
Et des trottoirs noirs encore du viol de la nuit,
Seul au milieu des rondes de pluie,
Là où le masque appauvri des apparences
dégouline le long des murs ternes et endormis.
Le temps de la halte est déjà souvenir,
Toujours mystère,
Il m'accompagne quand je suis seul,
Délaissé par la présence des hommes.
Le temps de la halte est souvenir, précieux,
survenant à n'importe quel moment,
Le temps de la halte est sûr pour l'errant,
Guettant à la lisière infinie du globe,
une lueur amicale dans la pupille d'océan.
C'est une île abandonnée au creux de la paume
d'un homme harassé par les détours du sentier centenaire,
C'est une perle oubliée au plus profond des yeux du voyant de la norme,
Un espace où je peux enfin respirer,
Espérer que la suite des journées mécanisées s'interrompent,
Où je peux attendre sereinement
La panne mondialisée.
vendredi 14 mai 2010
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1 commentaire:
Tu m’avais dit tantôt que tu avais écrit un poème qui reposait sur l’image du lampadaire, comme Les hommes peignent ce qu’ils peuvent. Le voici donc, et leur rapprochement est assurément fécond. Cela m’a permis d’ailleurs de relire différemment ce bout de pièce qui traitait surtout d’un rapport apathique au monde.
Le gris est la couleur de la neutralisation du monde : il n’exprime plus rien, il est fade et sans voix, et ce, à l’indéfini. Il est singulier que tu essaies de faire intervenir la diversité, par la multiplicité des « gouttes », des « rondes de pluie » et de son bruit, pour essayer de surmonter cet aplanissement du monde ; car il me semble bien que Lucien joue aussi ce rôle d’introduction de la diversité.
C’est cette ville in-signifiante qui est en faute : elle n’est plus que spectacle « appauvri », ramassis de masques, en proie à une déliquescence sereine.
Dès lors, le temps de la halte pour celui qui ronde est la possibilité de l’éveil d’un nouveau monde précieux, car il se dérobe au mutisme général et à la mécanicité du monde. Et le lampadaire est alors, non pas le fer aliénant d’une vie sédentaire comme celui de Félix, mais plutôt la chaumière où l’on s’abrite en attendant la sèche aurore après l’orage. Dans cette halte, est déjà promis le renouveau du départ. Ce poème est résolument optimiste, alors que mon bout de pièce prolonge toujours le « Fail better » de Beckett.
Évidemment « Az-zhar » appelle à une confrontation avec Un coup de dés, que je n’ai toujours pas lu. Mais je pense à une chose, à mon cher Spinoza, qui ne cesse de répéter que le monde obéit à un déterminisme strict (chaque événement possède une cause identifiable en ce qu’elle est suffisamment puissante pour le causer), mais que chaque événement est le fruit du hasard des rencontres. Ainsi, les règles du monde sont fixées, tandis que son devenir est ouvert. C’est ce que je lis dans la recherche du lampadaire :
« Seul au milieu des rondes de pluie,
Cherchant parmi les gouttes la mélodie
Des fracas de tôle et des rencontres de flaques,
La conquête sombre des détours de lampadaire »
Peut-être que le lampadaire pourra nous sauver, mais encore faut-il le trouver ; faire la rencontre de cette « lueur amicale dans la pupille de l’océan ».
En quoi peut-on se fier à ce lampadaire ? Il est le « voyant de la norme », sans doute une muse urbaine. Je songe aussi à l’idée platonicienne, aperçue lorsque l’on se détourne des ombres projetées sur la paroi de la caverne. C’est la richesse du couple essence/apparence. En tout cas, le lampadaire révèle une certaine norme : probablement les valeurs fondant un nouveau rapport au monde, voire ce que j’appellerai un appel-monde. Il détermine les possibles à partir desquels peut s’instituer un nouveau séjour pour l’homme. Est-ce que la poésie aurait une autre mission ? Ce serait déjà bien qu’elle accomplisse celle-là.
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