Précipité d'une maigre fenaison,
L’encrier mort que pleurent ma cheminée,
La fenêtre stérile, le bureau qui ne fait aucun bruit,
Venue des plus disparates envolées,
C’est la Vénus de l’eau dérobée,
Le retournement fiévreux de la flamme
Veillant le malade qui se rince d’éther,
Médusé d’encre et de papier.
Marasme des murs qui se fendent,
La gorge déployée régurgite le temps,
Langue claquant au rythme du vent,
Respiration gnostique, inspiration d’étoile,
Étincelle discrète,
Lueur courant sur les mains du jongleur.
Quelques dés,
quelque annonce du néant.
Précipité d'une maigre fenaison,
L’encrier mort que pleurent ma cheminée,
La fenêtre stérile, le bureau qui ne fait aucun bruit,
L’encrier mort, dont mes lèvres meurtries
Boivent sans attendre le sang.
L’encrier mort que pleurent ma cheminée,
La fenêtre stérile, le bureau qui ne fait aucun bruit,
Venue des plus disparates envolées,
C’est la Vénus de l’eau dérobée,
Le retournement fiévreux de la flamme
Veillant le malade qui se rince d’éther,
Médusé d’encre et de papier.
Marasme des murs qui se fendent,
La gorge déployée régurgite le temps,
Langue claquant au rythme du vent,
Respiration gnostique, inspiration d’étoile,
Étincelle discrète,
Lueur courant sur les mains du jongleur.
Quelques dés,
quelque annonce du néant.
Précipité d'une maigre fenaison,
L’encrier mort que pleurent ma cheminée,
La fenêtre stérile, le bureau qui ne fait aucun bruit,
L’encrier mort, dont mes lèvres meurtries
Boivent sans attendre le sang.
4 commentaires:
Ce poème, pour peu qu'on y sombre, recèle un puissant charme.
L'obscurité convient à son énigme, renforcée par son absence de titre.
Il me fait pourtant l'effet, probablement en vertu de sa formalité, d'une eau cristalline, transparente, pure. Ce poème me donne soif, soif d'une pureté liquide ; et pourtant son contenu n'est pas liquide, trop vaste pour être engorgé. Il faudrait donc boire le monde ? Alors il doit être de glace, pour fondre.
S'il fallait encore caractériser sa facture, je le dirais sculpture de cristal mallarméen.
Je ne sais pas si peut t'aider, t'éclairer, mais cet extrait des pages 468 et 469 me fait beaucoup penser à ton chemin d'écriture :
« A propos de l’élaboration progressive des pensées en parlant ». « Kleist y dénonce l’intériorité centrale du concept comme moyen de contrôle, contrôle de la parole, de la langue, mais aussi contrôle des affects, des circonstances et même du hasard. Il y oppose une pensée comme procès et processus, un bizarre dialogue antiplatonicien, un anti-dialogue du frère et de la sœur, où l’un parle avant de savoir, et l’autre a déjà relayé, avant d’avoir compris : c’est la pensée du Gemüt, dit Kleist, qui procède comme un général devrait le faire dans une machine de guerre, ou comme un corps se charge d’électricité, d’intensité pure. « Je mélange des sons inarticulés, rallonge les termes de transition, utilise également les appositions là où elles ne seraient pas nécessaires. » […] Nécessité de ne pas avoir le contrôle de la langue, d’être un étranger dans sa propre langue, pour tirer la parole à soi et « mettre au monde quelque chose d’incompréhensible ». Telle serait la forme d’extériorité, la relation du frère et de la sœur, le devenir-femme du penseur, le devenir-pensée de la femme : le Gemüt, qui ne se laisse plus contrôler, qui forme une machine de guerre ? »
La machine de guerre est machine à faire la guerre nomade, qui a pour cible existentielle (corrélative de son existence), l'Etat et son mode de pensée, d'exister, d'être affecté, etc.
Je m'interroge encore sur le statut de la femme dans la pensée de Deleuze et Guattari ; il faut reconnaître que c'est assez étrange.
La démarche hermétiste en poésie ne cesse de m'interroger. Aujourd'hui, je convoquerai Benvéniste à l'appui de Heidegger.
"die Sprache spricht", cette certitude habite la première conférence du recueil Acheminement vers la parole de Heidegger, "La Parole", et tout son cheminement de pensée sur le poème.
La parole, c'est celle du poète, et elle parle, parce qu'elle ouvre un monde. Il y aurait de nombreuses choses à dire sur le parler du poème et des oeuvres d'art en général. Mais je voudrais simplement aujourd'hui citer Benvéniste, qui en termes sémiotiques, permet de saisir l'autonomie et la singularité de la parole qu'est la composition artistique.
Problèmes de linguistique générale 2, "Sémiologie de la langue", pages 59 et 60 :
« Les relations signifiantes du « langage » artistique sont à découvrir A L’INTERIEUR d’une composition. L’art n’est jamais ici qu’une œuvre d’art particulière, où l’artiste instaure librement des oppositions et des valeurs dont il joue en toute souveraineté, n’ayant ni de « réponse » à attendre, ni de contradiction à éliminer, mais seulement une vision à exprimer, selon des critères, conscients ou non, dont la composition entière porte témoignage et devient manifestation.
On peut donc distinguer les systèmes où la signifiance est imprimée par l’auteur à l’œuvre et les systèmes où la signifiance est exprimée par les éléments premiers à l’état isolé, indépendamment des liaisons qu’ils peuvent contracter. Dans les premiers, la signifiance se dégage des relations qui organisent un monde clos, dans les seconds elle est inhérente aux signes eux-mêmes. La signifiance de l’art ne renvoie donc jamais à une convention identiquement reçue entre partenaires. Il faut en découvrir à chaque fois les termes, qui sont [60] illimités en nombre, imprévisibles en nature, donc à réinventer pour chaque œuvre, bref inaptes à se fixer en une institution. La signifiance de la langue, au contraire, est la signifiance même, fondant la possibilité de tout échange et de toute communication, par là de toute culture. »
Nous devrons donc nous souvenir que l'artiste institue une "langue" par un acte d'énonciation tout à fait singulier, dont le code de signifiance (signification) lui est propre, clos sur lui-même. Ce qui explique que son sens excède toute interprétation : la série d'hypothèses sur l'intention de l'artiste est infinie, toujours ouverte à la discussion.
Un coup de maître, le titre !
Rien d'autre à ajouter.
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