mercredi 14 décembre 2011
Rôdeur
J'avance, sans compter les collines à gravir; je passe pareil les villages suspendus aux caprices du ciel. La mémoire me sert de repos; sa symétrie aux voies étoilées efface la porosité et la densité des esprits. Des chiens dans les dents, des sommets dans les pattes et des orteils dans les souvenirs; le poil mouillé, de bonds joyeux en vols hasardeux, je rêve éveillé.
De vieux livre -abris d'insectes noctambules- composent mon oreiller si le plancher vert fait défaut ou s'il se dérobe à mes idées. Un sourire à la chair rosée colle à mon cœur moite et ma langue a des ruisseaux pour parchemin: les sentiers nocturnes ne comptent plus mes passages détrempés.
samedi 9 avril 2011
K.41 La boîte à musique des souvenirs est un destin de dentelles mélodique.
dimanche 20 février 2011
Revue de presse
Robinson du rythme, naufragé des trottoirs blafards ;
humant des doigts l’air des réverbères.
Les moucherons pleuvent autour de moi.
Têtes d’ampoules grillés !
Il y en a des constellations qui zèbrent dans un dernier souffle
et qui s’écrasent sur le sol, sur mes épaules, sur mon chapeau.
Frisson funambule,
c’est le vent qui m’amène son flot de nouvelle.
Le Times glisse le long du caniveau,
je reconnais les colonnes du Monde qui frémissent sous un banc.
El Mondo, Deutsche Welle, News Week et d’autres
font également parti du voyage,
et je les vois qui se rencontrent.
Je les vois qui copulent devant moi.
Les salops !
Maîtres de charme dégoulinants d’envie.
Pervers ! Satyres !
Je vous ai vu, vous papouillant les museaux,
ruisselant de foutre, là, dans les caniveaux,
tous ensemble,
ricanant des hommes qui vous marchaient dessus.
Je vous ai vu ! Charognes !
Vous ne sembliez pas vraiment embarrassés,
encore grands pontifes, maîtres d’éloquence,
éclatants de sincérité, d’authenticité,
de déontologie.
Je vous ai vu pourtant qui copuliez dans les décombres des villes,
au fond des poubelles des palaces, derrière les cendriers des places, devant la mairie même, sur les statues, au sol des églises !
Je vous ai vu !
Ils sifflaient les filles, des fillettes, dix ans à peine, peut-être huit,
glissant, silencieux serpents, le long des trottoirs.
Je les ai vu, tapis à l’ombre d’un réverbère,
qui rameutaient leurs troupes.
Libération, Sud Ouest, l’Express, Humanité, Dauphiné,
à la queue leu leu dans les ordures,
attendant leur tour de papouille !
Et peut être qu’ils m’avaient vu, ces déchirures, ces rognures d’encre, malgré cette orgie d’imprimerie qui semblait les confondre tous.
Vous auriez dû les voir,
se frottant gentiment le dos, les yeux convulsés de plaisir.
Ils se caressaient bien les hanches les salops !
Je m’en faisais tout un monde,
hébété sous mon réverbère par toute cette panoplie
d’ignominie journalistique.
Et je voyais les ombres qui défilaient,
silhouettes de mur longeant les vitrines froides.
Ils les voyaient aussi, c’en est certain !
Mais pas un ne s’arrêta,
pas un ne cria au drame.
Je les voyais pourtant,
les pudibondes, les pervenches, les dévotes,
les prêtres et les pasteurs, les philosophes.
J’épiais leur regard, et il glissait, je l’ai vu ! Ils les regardèrent aussi !
Mais pas un ne broncha,
ils ne firent que passer,
certains accélérant même sensiblement leurs pas.
C’est alors que je vis ce tas de débauche en papier
commencer à se foutre de moi, me brandissant
leurs médailles et leurs diplômes encadrés-sous-verre-affichés.
Ils en étaient fiers de leur tour de passe.
Eux avaient des papiers, tout en forme et bureaucratie, tampons, signatures, cachets, recommandations, garanties,
récépissés des bureaux de tous les ministères.
Moi je n’avais que mes mains, mes yeux,
et ma bouche,
qui se remplissait petit à petit
de minuscules moucherons et d’ailes d’éphémères,
illuminés par la lumière,
cherchant une grève où atte(i)ndre la mort.
Dealers de mots
« Le vice se répand ! », qu’ils clament à tue tête,
« le crime se propage ! Gangrène Dame Démocratie ! ».
On les voit le matin qui passent dans la rue…
Qui vendent des feuillets tachés d’encre noir.
« La mort est à vos portes ! Il y va de vos vies mes amis ! ».
Les gens accourent, se trémoussent, se disputent les papiers.
Les fronts se tordent au dessus des mots.
Peur,
disséminée à dose raisonnable le lendemain des grandes émotions.
Peur,
sur les ondes, les écrans, les panneaux, les plaques, les affiches,
les tracts, les flyers, les vitrines, les automobiles.
Horreur savamment distribuée… Mithridatisation perverse…
dépendance à la sueur, aux bondissements,
au sentiment d’un tout puissant.
Sécrétion jouissive de l’organe… peur… effroi… l’échine se détache,
se rétracte,
se tord.
Les chaînes s’oublient,
l’échine est parti,
l’homme est malléable,
flexible,
consommable.
Ronde
Tâtant du bout des lèvres
Le cadavre frais d’un poème.
Les glanes de sentiers sauvages
S’étirent sur mes mains pâles.
Pensée,
Glissant sur le bas des pages,
Bras tatoué des ombres,
Perles d’encre, découpant la peau froide du papier.
Pensée
Murmure éreinté du temps
Coulant lentement par les espaces transparents
D’un corps cherchant la lueur de sa mesure.
Criblé des traits éparses de ma plume,
Le temps muet s’agenouille à la virgule,
Attendant ma mort,
Tâtant déjà des lèvres
Le cadavre frais d’un poème.
dimanche 16 janvier 2011
Noctambule
les paupières lourdes sont des rideaux de fer.
Ce soir je refuse de les abaisser,
ce soir je me rêve horlogicide.
Le corps tendu, mes bras que je fais traverser par des spasmes
m'emportent loin des douceurs de la nuit.
Le temps se suspend, refus du cycle normal des répétitions.
Il n'y aura pas de sommeil cette nuit,
Cette nuit est mienne.
J'emporte ce carnet et parcours les rues endormies au hasard de l'errance,
Je croise quelques exilés du sommeil comme moi,
Ombres longeuses de murs,
collectionneurs d'images laissées dans le halo silencieux des réverbères.
Nous nous rencontrons,
nous ne parlons plus,
nous sommes du langage des affranchis de l'horloge,
résistants noctambules,
insomniaques volontaires,
errants dans les rues délaissées par les foules du soleil.
A la fin des détours et des rencontres de silence,
les yeux gorgés de visages étranges et amicaux,
Je ramène dans ma petite chambre
quelques sens à panser,
quelques miettes, débris et autres coquilles de noix
ramassés sur le bas côté des routes bitumées.
Je les couche sous quelques feuilles de papier blanc,
les arrose patiemment avec un peu d'encre,
leur fait prendre l'air sur le rebord de ma fenêtre,
et attends, sans précipitation aucune,
qu'un jour ils s'envolent dans le regard affamé
de quelqu'un qui voudra bien les emporter loin de ces barres d'immeubles,
les fera passer de l'autre côté des villes,
là où ils seront enfin libres,
Eux aussi enfin soulagés des affres de l'horloge.
Absence prolongée
écrire contre le vide pour ne pas oublier...
Écrire, glaner sur la grève tranquille du matin
ce que le monde, océan de couleurs et de rencontres,
nous offre sans le dire,
son propre envers, ses mensonges et ses détours,
ses beautés simples, jamais que gonflées et inondées
de miel dans la bouche des poètes.
Il me faut des mots pour dire que je suis en vie...
pour sentir palpiter mon corps...
Il me faut des mots et je trouve cette idée ridicule,
tout ce que j'écris se répète et ne fait que s'encenser
d'un style haïssable, qui ne me ressemble pas...
C'est comme mon envers à moi aussi,
ce que je supporte le moins en moi...
le miroir des profondeurs où l'on s'abime,
Il n'y a que ça qui s'étale sur la page et qui m'assaille,
me saute au visage...
Pourtant, il me faut des mots,
toujours d'autres, encore d'autres ...
et même si en réalité ce ne sont jamais que les mêmes...
Il me faut des mots car il me faut vivre par ma langue,
et ma langue ne dit jamais deux fois le même mot.
Il me faut des mots même si je sais que de ma vie je n'en trouverai
peut être que deux ou trois...
Il me faut des mots,
c'est une maladie orpheline,
une obsession malsaine,
qui ne me quitte jamais...
Il y a bien des moments de répits,
quand une fois de trop la page continue de ne dire
que des lignes de style détestables,
de ces moments où je préfère trancher la paume de ma main
avec un tesson de bouteille
plutôt que de laisser couler une autre goutte d'encre
sur la page blanche.
Mais le répit jamais ne dure,
la maladie reprend,
maligne idée qui un jour s'empara à jamais de moi.
Il me faut des mots,
et pour cela je suis prêt au crime,
à n'importe quelle traîtrise,
cette soif a depuis bien longtemps
tari tout ce qu'il restait de morale dans mon cerveau malade,
tressautant d'une page à l'autre d'un énième livre
qui ne verrait pas le jour...
Faute de mots...
Faute de mots les carnets de notes griffonnés et les cahiers
s'entassent et servent à allumer ma cheminée
les sombres soirs d'hiver.
Faute de mots, papiers sans importance, sans vie,
langue qui se réfugie dans la conjugaison,
l'intellection qui ne dit plus rien que :
Faute de mots.
Le monde qui nous échappe,
les allées vides et tristes des villes,
en proie au demi-sommeil des rondes silencieuses
de la grande consommation.
Oh bien sûr il y a du bruit, bien autant que de papiers éventrés
gisent sur ma table, mais faute de mots
c'est le silence qui gorge les yeux des ombres longeuses de murs...
Faute de mots, les points-clignotant-couleurs
nous donnent le change, chaque soir les discussions du jour,
les grands débats et les odes aux divinités de l'écran.
faute de mots, ce sont leur paroles que nous répétons,
ces semblants de mots qui se sont accrochés à nos rétines.
faute de mots,
nous ne parlons pas le soir dans le métro,
peut-être même qu'un jour,
il sera impossible de dire à quelqu'un
que nous souffrons,
Faute de mots...