mercredi 18 mars 2009

Ailleurs en scène

Deux marcheurs s’arrêtent en un lieu déterminé.
A : Ailleurs c’est ici.
B : C’est bien ce que je dis.
A : Nous sommes d’accord.
B : D’ailleurs nous sommes d’accord. Et d’ici ? Pouvons-nous nous accorder sur l’ici maintenant ? Ailleurs est entendu, plus loin est compris ; ici fait défaut.
A : Ici fait des fau-tes. Si l’ici est ailleurs, ne faut-il pas aller le chercher ?
B : Non, l’ailleurs est ici ; pour ici c’est autre chose : il refuse de se montrer. Il craint l’ailleurs qui lui colle au derrière.
A : C’est fou ça ! Mais où est ailleurs, s’il n’est pas ici ?
B : Mais il est ici !
A : Nous sommes d’accord.
B : D’ailleurs nous sommes d’accord. Et d’ici ?
A : A vue de nez…
B : Plutôt d’une longue vue… Ici n’est pas là, il serait plutôt plus loin.
A : Là non, plus loin… Je ne sais pas.
B : Ouvrons l’œil, là n’est peut-être pas loin.
A : Mais là n’est pas ici !
B : Peut-être… Là nous le dira, car s’il n’est pas ici, ce qui serait fâcheux, il est avec ici.
A : Ici qui est ailleurs.
B : D’ailleurs nous sommes d’accord.
A : Allons voir.
Ils vont un peu plus loin.

[Mes hommages à Beckett et Lacan.]


Je teinte encore le début de mes nuits,
Des perles noires de mes yeux d’encre.

La course, lente et surprenante
Du poignet espérant l’improbable.

Je teinte encore le début de mes nuits,
Terre qui se cherche encore,
Fenêtre, miroir, que l’on ne traverse pas.

Je teinte encore le début de mes nuits,
D’une palette, échouée sur les écueils
Du grondement retors de mes entrailles.

Cicatrices du grand jour,
Plaies de lumière,
suppurant du pue de leurs paroles.

Quelques échos nous renvoient à la langue des Maîtres
Qui rampe sournoise le long des ruelles
Où il n’y a pas si longtemps
Nous goûtions les lèvres irréelles
D’une camarade échappée de l’ombre.

Je teinte encore le début de mes nuits,
À la poursuite peut-être
De l’éphémère innocence,
Prémisse du déferlement,
Fumée palpable,
Reflet que l’on visite,

Fruit mythique,
Rassasiant l’homme affamé de possible.

Rêve