vendredi 2 juillet 2010
K.37 L'imminence sautillante et incertaine continuée de l'affrontement.
Bien qu'étouffée par la houle, la clameur grandissante des "hourras !", éveille la nef, comme un oiseau qui s'ébroue : [7 secondes] les canonniers s'affairent et astiquent en rythme les pièces d'artillerie ; les soldats affûtent les sabres et se rangent sur le pont, avec une mâle soif d'affrontements. Ils trépignent, se lancent des défis [18 secondes] et leurs cœurs se chantent déjà en des circonvolutions flamboyantes les faits d'armes à venir. [27 secondes] La clameur se fait prochaine, à la mesure de l'accroissement de l'ardeur combattive, mais l'éloignement encore trop important de la nef ennemie les contraint aux fantasmes les plus séduisants d'une bataille rageuse où ils auraient le dessus ; tous fantasmes qu'ils sont, ils bruissent dans leurs âmes, en se frottant en saccades à la réalité - que la main droite exprime par ses tressautements aigus. [51 secondes] Dans l'attente de l'affrontement, sont alors les derniers cris animés des soldats, avant un relative accalmie, présanguinaire. [1 minute 7] Les canons parlent, en deux salves, pour évaluer l'ennemi. Les marins hors d'eux, fourmillent ; répondent intérieurement à l'appel guerrier de la nef toute proche, en se pressant au bord de rencontre. [1 m 27] Cette fois, c'est l'abordage : une pointe d'hommes fébriles perce le rang hostile et permet le déversement d'une masse de marins. Dégainés, les sabres dansent ; et parmi eux, un fier aguerri, dressé comme sa lame, se joue d'une troupe en tournoyant. Après cet habile carnage, ses compagnons achèvent de faire place nette, dans cette partie du bateau. [2 minutes 16] La rage se voit renouvelée, noircie, par la fureur du sang versé ; les coups se font plus pesants, la tornade de lame plus tranchante, et si le sabre épouse le ciel, ce n'est que pour trancher plus profondément, sans appel, jusqu'au tournoiement ultime de rage ramassée. [3 minutes 14] L'ardeur de l'adversaire, pourtant, ne faiblit pas ; c'est toujours ce tranchant amer qui parle, blanchi par la triste écume et la sévérité du ciel. Y a-t-il gloire à tirer de l'humaine obstination, à combattre ?
Inscription à :
Articles (Atom)