mercredi 10 février 2010

La lettre des Muses.

En écho de mon exploration strictement scarlattienne, je place ici mes propositions descriptives de sonates d'autres compositeurs.

Sonate n° 8 de Sebastian de Albero.

Trois propositions : mélodie vagabonde, essence solaire de la danse du samedi soir ou après-midi apollinien.
¤ Quelques lumineux pas de souris introduisent le portrait d'une malicieuse mélodie. Entre autres câprices et facéties, elle se met à dansauter dans le cercle impérieux de ses parents avec un rythme marqué exprimant son entêtement. La fureur parentale gonfle, grossièrement rouge, culmine et explose en un bouquet de confiseries pastel : c'est un moment de réjouissance pure et claire. Sur les bases de cette joyeuse chora, renaît le thème du dansautement, dont la répétition est propre à figer ses bêtises coutumières dans l'immobilité d'un tableau, qui disparaît ensuite subitement, soufflé tel un nuage de sable. Reviennent alors les pas de souris, le dansautement rétif et l'exaspération parentale, et son explosion si jubilatoire. Le tableau est une nouvelle fois tracé et aussi fragilement évanoui. En un mouvement de balancement qui rappellerait celui d'un pro-jet (pour ne pas dire culbute) de toutes les valeurs, elle s'évade alors, parcourt avec la malicieuse légèreté qui est la sienne, les routes, traverse nonchalemment les forêts qui la croisent ; leur rit au nez. Elle est indifférente à tout, se rejouit simplement de son être-là fluide et dansant, être plus proche d'un devenir en dérobade que d'un être attaché à son là. (Ces deux dernières phrases décrivent le même mouvement décrit précédemment, qui subit toutefois des changements de mode ou de gamme ; celui-ci se produit donc encore deux fois, mais j'ai laissé aller mon oreille à une nouvelle interprétation, plus libre.)
¤ De brefs et perçants éclairs colorés assignent une place à la scène : projecteurs, stroboscopes et fumée habillent la complexité ondulante de la mélodie, que tâchent d'honorer de sabbatiques danseurs. Les corps s'enivrent d'épouser continûment ses formes pourtant saccadées ; ayant crû à son apogée, leur ivresse, tout autant désorientation que sourire infinis, est transport vers une plénitude atemporelle, hors-lieu triomphant. Alors - car la temporalité les re-cueille subitement - de chaînes de membres qu'ils sont, ils se dé-chaînent : retombent sur l'appui des jambes, et l'effort extatique du geste dansant les relève en tableau. Son impression d'éternelle jeunesse ne le protège pas de la péremption, et peu ou prou, la même danse reprend.
¤ Sa joie impérissable peut évoquer une fin d'après-midi estival, occupée par l'insouciance des cris et des jeux d'enfants ; quoique mélancolique par anticipation de sa finitude, elle irradie d'une chaleur solaire débordante.

mardi 12 janvier 2010

Les lettres de Domenico Scarlatti.

Avec le temps, mon oreille s'est enamourée des sonates de ce grand nom du clavecin baroque. Par un exercice d'écriture, qui cherche encore ses lecteurs, j'aimerais rendre, à et par la lettre, leurs couleurs aux mélodies qui vivent derrière les numéros de leur classement. C'est donc une entreprise anti-numérique, et, se plaçant autant qu'elle le peut sous l'égide de Bergson, anti-spatiale : restituer la durée de la mélodie, son monde, son ouverture, sa poésie.
Il n'est pas inutile d'écrire que ce n'est qu'un voeu pieux, car mon oreille est terriblement spatialisante... Mais du moment que le plaisir y est, les lettres suivent !

***

K.2 Initiation rebondie au soleil.
Le tressautement ajouré d'un oiseau léger constitue une ouverture rebondie et riante. [10 secondes] Lui répond un balancement complexe, affolant de frivolité, qui épuise ses fragiles circonvolutions mélodiques, en une série de caquets de paisible contentement. [31 secondes] L'ensemble est ensuite repris trois fois en ne permettant que de subtiles variations.
*
K.31 L'âme brûlante du guerrier émeraude.
Une impulsion guerrière liminaire, toute dentelée de lames aiguisées, s'élance fougueusement en un affrontement dialogique aussi galbé que le danseur flamenco, hidalgo à la posture fière. [30 secondes] Ce n'était que le recueil intense de son âme avant une danse de fer : les tranchants à présent virevoltent entre les compagnons de mort, dont il emporte un premier tribut. [1 minute 7] Recueilli sur le sang versé, parle à nouveau son tranchant destructeur ; il inspire la terreur, et [1 minute 36], se riant des ennemis, vole fluidement entre eux, perçant çà et là, tel un souffle vengeur. L'ennemi vient à manquer, le guerrier reprend haleine un temps, mais enfonce avec fracas une troupe subitement aperçue. [1 m 54] Ne faisant plus qu'un avec la jouissance de détruire, il tourne sur lui-même, et, à présent gracieuse tornade d'acier, fend et rompt l'ennemi. [2 minutes 4] Pourtant, l'excellence du geste ne suffit pas : [2 minutes 16] son amie menacée appelle un nouvel élan, de fureur désespérée ; [2 minutes 52] la lame quoiqu'exaspérée trace en un pro-jet martial circulaire, voisinant le ciel, un chemin jusqu'à la dame aimée, défait de son aigu la menace et n'obtient en fin qu'une paix provisoire. [3 minutes 25] Reprise à l'identique du passage précédent.
*
K.33 Florilège empressé de joie virgilienne : écoute de l'éveil de la Forêt.
Evéillée par l'odorant et vert miel de Phoebus, la forêt s'éjouit du petit jour : les arbres en un large soupir de contentement raidissent leurs ramures ; et ses habitants ailés, frémis par cette re-naissance, gazouillent à l'unisson une salutation au soleil. [16 secondes] L'un d'entre eux, remarquable par ses moirures rouges, vertes et d'or, arbore maternellement les ailes, sautelant jusqu'à une éclaircie de branches qui lui façonnent une scène d'où il fait éclore, en son ineffable générosité, l'hymne de l'aurore. Cette vibration fondamentale s'élève par paliers, sur des marches solaires, vers un palais païen, verdurant temple de l'Un qui conserve délicatement le souffle de tout vivant et par lequel tout reçoit une gracieuse plénitude. [38 secondes] L'éveil est effectif et la contingence abat l'édifice, cristallin, de l'hymne : les oisillons de l'excellent ailé se réveillent, se bousculent et discordent de leurs gorges, une turbulence, qui brise la céleste harmonie hymnique. [56 secondes] Le père multicolore s'en revient au nid, donne du bec et rétablit un semblant d'ordre dans cette rébellion enfantine, finalement plus attendrissante qu'importune ; elle s'achève donc sur la plus douce des affections compréhensives. [1 minute et 8 secondes] Tout juste distrait par l'incident, l'être aux reflets ondoyants, prolongeant la réjouissance forestière, vocalise brièvement entre les branches, et, insatisfait de cette simple manifestation sonore qu'il juge inhabile à exprimer la plénitude d'être qui l'anime, cette fois prend son envol, se plaçant alors, en un jaillissement scintillant, au ciel, comme un foyer de feu resplendissant à l'égal de l'astre qui l'éclaire, et baisant de son regard affectueux la vivacité animée de sa terre natale. Posé paisiblement dans le ciel, avec le naturel d'un nuage rondelet, il aperçoit toutefois de quoi fendre cette paix, la scier à même l'âme : une cohorte de bûcherons a entamé l'exécution d'une injuste condamnation dans un affairement machinal à la lisière de la forêt. Ronronnent les scies et retentissent tristement les chocs mortels des hachures : c'en est trop pour ce chanteur ailé, qui prend subitement dégoût de la réalité, et de l'altitude, en détournant le regard, avide de la consolation esthétique que procure la vision de l'azur. [2 minutes et 18 secondes] Nouvellement juché en demeure altière, il préfère s'enivrer, bercé au sein des alizés tiédissant, de l'hydromel visuel de la blonde campagne qui, insouciante du drame de la lisière, paisiblement le subjugue. De là-haut, il assiste au re-couronnement coutumier de l'Apollon citharède des hêtres, sa forte et bruyante demeure terrestre, dont la fête symbolique et symbiotique, vitale et vivante, par un véritable envoûtement de sève, alors suscite l'enthousiasme de sa population aux pépiements graciles.[2 minutes 46] Mais les oisillons, taquins, malicieux, connaissent la parade et, loin du regard paternel, veulent parasiter la célébration : ils s'engouffrent énergiquement dans le cortège, bousculent les conducteurs, pépient à tue-tête et à contre-chant, puis finalement s'échappent dans un rire moqueur. [3 minutes] La céleste harmonie, en vertu du prince enciellé, reprend, aussi paisible qu'auparavant dans son bain de nuages et de candides bourrasques. [3 m 40] Que faire de ces mécaniques humains ? La menace est réelle, et pourtant sa résolution doit être remise à demain. Le monde dort au soleil.
*
K.37 L'imminence sautillante et incertaine continuée de l'affrontement.
Bien qu'étouffée par la houle, la clameur grandissante des "hourras !", éveille la nef, comme un oiseau qui s'ébroue : [7 secondes] les canonniers s'affairent et astiquent en rythme les pièces d'artillerie ; les soldats affûtent les sabres et se rangent sur le pont, avec une mâle soif d'affrontements. Ils trépignent, se lancent des défis [18 secondes] et leurs cœurs se chantent déjà en des circonvolutions flamboyantes les faits d'armes à venir. [27 secondes] La clameur se fait prochaine, à la mesure de l'accroissement de l'ardeur combattive, mais l'éloignement encore trop important de la nef ennemie les contraint aux fantasmes les plus séduisants d'une bataille rageuse où ils auraient le dessus ; tous fantasmes qu'ils sont, ils bruissent dans leurs âmes, en se frottant en saccades à la réalité - que la main droite exprime par ses tressautements aigus. [51 secondes] Dans l'attente de l'affrontement, sont alors les derniers cris animés des soldats, avant un relative accalmie, présanguinaire. [1 minute 7] Les canons parlent, en deux salves, pour évaluer l'ennemi. Les marins hors d'eux, fourmillent ; répondent intérieurement à l'appel guerrier de la nef toute proche, en se pressant au bord de rencontre. [1 m 27] Cette fois, c'est l'abordage : une pointe d'hommes fébriles perce le rang hostile et permet le déversement d'une masse de marins. Dégainés, les sabres dansent ; et parmi eux, un fier aguerri, dressé comme sa lame, se joue d'une troupe en tournoyant. Après cet habile carnage, ses compagnons achèvent de faire place nette, dans cette partie du bateau. [2 minutes 16] La rage se voit renouvelée, noircie, par la fureur du sang versé ; les coups se font plus pesants, la tornade de lame plus tranchante, et si le sabre épouse le ciel, ce n'est que pour trancherhttp://www.blogger.com/img/blank.gif plus profondément, sans appel, jusqu'au tournoiement ultime de rage ramassée. [3 minutes 14] L'ardeur de l'adversaire, pourtant, ne faiblit pas ; c'est toujours ce tranchant amer qui parle, blanchi par la triste écume et la sévérité du ciel. Y a-t-il gloire à tirer de l'humaine obstination, à combattre ?
*
K.41 La boîte à musique des souvenirs est un destin de dentelles mélodique.
Les premiers pas d'une gracieuse incertitude sentimentale [11 secondes] s'articulent comme les dents cristallines d'une boîte à musique ineffablement chère. La fugue mélodique n'est pas étrangère au mouvement des souvenirs qui valsent dans le cinéma intérieur de la remémoration. [35 secondes] Les souvenirs pèsent alors comme des engrenages. [44 secondes] En une légère soudaineté, une volte douce les élève et dissipe la pesanteur de l'incertitude. S'esquisse alors heureusement une temporaire résolution dans l'aigu : qu'importent les regrets, le devoir et les échecs, l'air gracile des hauteurs effile et épuise l'essoufflement de l'âme soucieuse. "Il est encore une raison d'être pour moi", songe souriant l'être affairé par ses pensées. Il se laisse porter vers l'hypothétique surgissement spontané de la solution à ses problèmes. [1 minute 48] Mais l'incertitude reprend, et ses délicates dentelures. Elles reviennent, sans réelle contrainte, le préoccuper. [2 minutes 20] La même volte qu'antérieurement désire de nouveau une solution, et pourtant, s'évanouit dans les hauteurs de la rêverie. [2 minutes 51] La déception de cette perte s'exprime par des traits durs du clavecin ; [2 minutes 58] et redonne néanmoins naissance au thème, qui apparaît complexifié, [3 minutes 11] empressé de rejoindre les hauteurs libératrices. Un évanouissement semblable au précédent mais allongé, comme rendu confus par l'incertitude ambiante, clôt une nouvelle fois l'élévation désirée. [4 minutes] De petits pas s'agencent comme de fragiles marches célestes, vers l'air salutaire. On voudrait y croire, porté par la brise amicale des hauteurs ; et pourtant, même dans une prison de cristal, il n'est pas d'évasion possible.
*
K.124 Cristal de printemps.
Un joyeux balancement s'ornemente librement, formant un collier mélodique de notes. Satisfaite de son entrée, la dame printanière prodigue, non sans un gai dansautement, et par poignées, ses dons candides de fleurs, et avec elles, sa matinée doucement parfumée. Arbres et fleurs des clairières envoûtés, se libèrent ; elle mène une révolution champêtre. Un doute assombrissant l’efface un temps, comme un présage de la menace possible d'un tel pouvoir, et se complexifie dans un second temps de manière à se conjuguer à la gaieté du balancement, dont elle n'était finalement que l'épice musicale en vue de la relever en sérieuse et mélodieuse conclusion. Sur ce, la dame esquisse de nouveau le joyeux balancement introductif, prodigue au long de son chemin fleurs et sourires, enthousiasme les âmes de la forêt. Est-elle néanmoins maîtresse de ses charmes ? Cette incertitude, bien que fardant l'aspect de la forêt, se fond dans la gaieté ambiante, en un chant ajouré de joie renouvelée. Toutefois, un doute, encore, un dernier, légèrement plus sombre, apparaît, de menace appuyée, comme la possibilité du renversement de ce monde insouciant. Son âme renaît pourtant de ses effluves les plus simples, dans une joie incontenable et incontestable. De là, ultimement, reprend le doute le plus sombre, auquel fait suite la résurrection du monde et son apothéose finale.
*
K.143 Pour une danse candide et solaire.
Le thème d'entrée est semblable à une chaîne de courts caquets rossignolesques ; il s'esquisse comme une danse exquise et gracieuse, véritable souffle de lumière vers un absolu doué d'amour. On demeure le temps d'une mélodie dans ses nuages sacrés et sucrés, car un trouble l'oblige à se complexifier en un petit refrain circulaire, duquel on descend par un escalier coloré aux saccades bien senties. Toujours forte d'un entrain dansant, la mélodie trouve brièvement une harmonieuse résolution. Renaît alors la chaîne liminaire des caquets, et l'enchaînement logique de la mélodie vers la même résolution. Le tout est interrompu par une complexification dubitative et quelque peu violente, qui se plaît étonnamment à retrouver le refrain circulaire et son joyeux escalier. Reprend alors la complexification qui vient d'être décrite et sa suite logique. Sans doute fallait-il toutes ces péripéties pour quérir la paix solaire de la fin.

dimanche 10 janvier 2010

Invitation

Mes cauchemars, blessures, plaintes et remords
Tous ensemble perçus en un violent désaccord
Doivent sourdre de leur carapace de chair
Sans quoi le cœur en cette fange se perd.

Alors vêtu de désespoir, à la brune,
Sous l'œil voilé du ciel et de la verte lune,
Je pars, loin des miroirs qui ont figé mon émoi
Dans un reflet étranglé, un airain froid,

Briser l'insignifiante superficie
Qui hante mon être brûlé par lente asphyxie;
Sous ce résidu informe atteint d'aboulie
S'ouvre l'horizon intime d'une autre vie.

Porté par la splendide noirceur de la nuit
J'éteins mon être affairé et mes sens avertis
-Tyrans sous le joug desquels j'ai appris à vivre-
Et laisse éclore pour un temps l'être libre.

Dans cette nature hostile et précaire
Que nul homme ne trouble je trouve repaire.
Le parfum de la liberté gagne mon sang
Glorifié par ce chant, ce feu partisan,

Celui qui se déverse en flot rompu
Dans un fracas minéral, un relent impromptu:
Ma voix écorchée se perd dans la solitude
-Étrange monde où l'écho se dénude.

dimanche 22 novembre 2009

Faits en présence

Marielle, Marielle… A quoi rime-t-elle, la cordiale ritournelle ?

des flots baveux chaleur de sens se présente à moi me cueille moi moi qui suis là écoute je tends l’oreille là ça parle ça prend ça saisit sans saisir ça dispose ça repose

autrefois si autrefois est dicible si autrefois donc j’étais un nid de fantasmes esseulé offert aux vents de ma propre fureur la niche d’un feu souffrant animant encore les braises de mon cœur superbe toujours superbe le guerrier descend de ses hauteurs pour propager le malheur de sa conscience défaite renouvelée d’un sectateur solitaire

les traits signes ne suffisent plus blessent l’autre autant que soi ils ont perdu le dire continue d’hurler dans ton caveau incompris tu fais bien

je fais je tends l’oreille surtout ici et sur tout c’est beaucoup dire des bruissements persévère les bruissements donc ont crû il a fallu aller les chercher d’abord tu parles d’une affaire ce sera pour une autre fois si ça se représente en attendant du sens les bruissements forment féminines hésitantes bagage historial à la frontière du vide incertitude liminaire nécessairement comme de bon droit car liminaire tu es lourd tais-toi

je reprends sans l’autre je poursuis j’écoute sur tout elle d’abord ça ne parlait pas puis bruits donc des couleurs avant les formes bruitage coloré éclatant l’aride silence des mots mêmes c’est dire l’artifice du feu ont retenti précipité la chute des cœurs dans la prison du discours du devoir de présence là maintenant

il fallait s’y attendre j’ai attendu mais pas cela deux se cherchaient comme si deux allaient de soi en couple il faut parler avant au moins faire semblant ça va de soi

ce genre d’histoire d’affaire toujours la même histoire il faut parler donc pour ne pas tomber continuer j’écoute les flots mêmes usés par leur répétition font encore sens le guerrier apprivoisé voit du devoir là où l’ouvert règne une main offerte il faut la prendre tu parles c’est fait deux s’agitent ils se voient naître bizarrement ils anticipent c’est déjà beaucoup trop et si fragile

je la tiens qui la main moi ou la main tenus de parler peut-être ça se taisait fermement pourtant elle était là dans le là qui déborde le sens merveilleusement amusés de sa tournure le devoir écrasant toujours l’incertitude cette sorcière

le silence et l’incertitude ont duré main dans la main je les romps pourtant je ne me souviens pas il y a un moi mais où était-il à ce moment-là il était bien là il tenait sa fleur près du cœur comme présent divin il voulait demeurer là attendant qu’un surcroît d’être s’amasse en durant être ou amour ici être devait être de l’amour ainsi souhaité

ce fut plutôt satisfaisant la présence remplit tous les silences

le feu forme amitié au présent fini le long fait de nous deux

tarie la source

vendredi 16 octobre 2009

La potion, ersatz du tout-en-voiture, jus pressé du dernier derrick…
Qu’ils nous forcent toujours ! Le gosier écartelé… de bien vouloir digérer !

Potion du dernier Hocus ! Pocus n’a pas pris la peine… Et c’était pourtant la dernière…Crevée la magie ! Au loin féerie !
Plus que cette potion…Qu’on nous sert, là, avec des tenailles…Arracheurs de membranes !

Fascistes ! Publicistes !

La potion… plus que ça apparemment … la soupe et dodo… C’est comme ça qu’on devient con…

La potion ! Ils n'en démordent pas… La Loi ! La Loi … Qu’ils se mettent à gueuler dans tous les coins…Prison ! Zonzon… La dernière chance la potion !

Eh bien c’est rempli de trou qu’ils me la feront boire ! Passoire… peux pas mieux faire !
Au peloton ! Allez les troufions ! C’est l’heure ! … À la médaille ! Tout est entendu mes canailles… Boum Boum… pas Gloup Gloup… Débarassés, vous, moi, tout le monde arrangé !

Ils ne veulent même pas… le sang apparemment les indispose… Des emmerdeurs, du képi à la botte cirée !

Pas moyen d’en finir…La potion ! La potion !

Là ça commence à devenir malsain… mais je ne vais pas me lancer dans des explications avec ceux là… La Loi ! La Loi… Leur Dieu… la plus crâne et désinvolte de toutes les idoles…

Ils ressortent les tenailles … cette fois c’est pour de bon… je n’y échapperai pas qu’ils me répètent…

Allez les gars ! Encore un effort ! Je sens déjà les relents de votre mixture !
Du nerf ! On en voit le bout !

Et ils y vont… plus fort que Belzébuth ces guignols d’uniforme ! On dirait pas à première vue… c’est si transparent… juste un murmure … on ne s’en méfie pas vraiment… mais quand ça vous tend la tenaille c’est bien différent… ça grandit on dirait… tout en fer et en vitre…

Ça vous prend au ventre… ça tire… ça grimace… ça hurle…

Alors on s’agite … nous… bien normal… mais ça grandit encore et encore…
Ça vous prend à la gorge… amer et sec… on dirait presque du sable…

Et eux… je les vois qui s’en vont…ne partez pas… mes amphitryons, mes mignons !
J’en ai encore d’autres ! Je vous en ferais voir avec votre potion !
Venez qu’on rigole !
Je n’ai pas fini !

Mais ils sont partis… et ça grandit, encore et encore…

vendredi 3 avril 2009

Le miroir des villes

Suivre les lignes, qui se collent
sur le sol de nos entrevues.

Les passages se croisent,
palimpsestes de ville
qui recouvrent la terre nue.

Je croise encore ton ombre,

silhouette de mur,

fondant d'écueil en écueil,
sur les rebords de briques,
les comptoirs de zinc,
et les terrasses ensoleillées
de nos rendez vous d'été.

Les cartes se recollent,
dans la mixture des lignes de sol.

Carreaux de trottoir,
soupesant les pavés de nos murs.

L'horizon se fixe à nouveau,

deuil du jour,

un soleil meurt dans l'ombre
des cimes qui déchirent le ciel triste.

Ciments,
tours
et immeubles de verres.

Je cherche les lignes,
les traces,
laissées par l'usure des trottoirs ;

la faille,
dans l'écran sombre
qui aveugle le passeur d'eau.

Je compte sans nombre
quelques esquisses d'un monde nouveau.

Les lignes de sol,
se courbent
et s'envolent.

Dans l'envers d'une horloge
elles emportent le seul sentier,
pauvre de balises et d'espaces clos,

où j'avais cru,
peut être un Instant,

traverser le miroir des villes.

mercredi 18 mars 2009

Ailleurs en scène

Deux marcheurs s’arrêtent en un lieu déterminé.
A : Ailleurs c’est ici.
B : C’est bien ce que je dis.
A : Nous sommes d’accord.
B : D’ailleurs nous sommes d’accord. Et d’ici ? Pouvons-nous nous accorder sur l’ici maintenant ? Ailleurs est entendu, plus loin est compris ; ici fait défaut.
A : Ici fait des fau-tes. Si l’ici est ailleurs, ne faut-il pas aller le chercher ?
B : Non, l’ailleurs est ici ; pour ici c’est autre chose : il refuse de se montrer. Il craint l’ailleurs qui lui colle au derrière.
A : C’est fou ça ! Mais où est ailleurs, s’il n’est pas ici ?
B : Mais il est ici !
A : Nous sommes d’accord.
B : D’ailleurs nous sommes d’accord. Et d’ici ?
A : A vue de nez…
B : Plutôt d’une longue vue… Ici n’est pas là, il serait plutôt plus loin.
A : Là non, plus loin… Je ne sais pas.
B : Ouvrons l’œil, là n’est peut-être pas loin.
A : Mais là n’est pas ici !
B : Peut-être… Là nous le dira, car s’il n’est pas ici, ce qui serait fâcheux, il est avec ici.
A : Ici qui est ailleurs.
B : D’ailleurs nous sommes d’accord.
A : Allons voir.
Ils vont un peu plus loin.

[Mes hommages à Beckett et Lacan.]